Le plan Guinée-Bissau 2025 représente un plan ambitieux de transformation en une décennie de la Guinée-Bissau. Il se décline durant la période 2015-2020 en six (06) axes, 26 domaines d’actions, 64 programmes et 226 projets. L’annexe 1 présente l’ensemble du portefeuille de ce Plan Opérationnel 2015-2020. Ce plan est clair, global et cohérent. Mais la vraie bataille sera celle de l’exécution. A prime abord, la mise en œuvre d’un tel plan constitue un chantier complexe, en particulier pour une administration aux capacités réduites comme celle de la Guinée-Bissau. Pour faciliter un pilotage efficace du plan par l’administration, ce chapitre décrit la stratégie prévue de planification de l’ensemble des projets et les quatre leviers nécessaires pour assurer la réussite de leur exécution.


L’agenda du changement : une mise en œuvre par étapes et des acquis mesurables à chaque étape 

Un revirement stratégique dès 2020. 2025 constitue l’horizon du plan de transformation de la Guinée-Bissau. Mais 2020 a été défini comme premier horizon intermédiaire, avec de premiers objectifs forts et structurants : le développement du tourisme dans les Bijagos, l’autosuffisance alimentaire, le doublement des revenus de la filière cajou, le triplement des revenus de la pêche, le démarrage d’un site de phosphates à Farim. L’agenda de la transformation de la Guinée-Bissau intègre ainsi un des premiers principes de la réussite d’un processus de changement, à savoir l’obtention rapide de premiers résultats visibles, qui permettent de renforcer la confiance des populations envers les Autorités et de conforter la dynamique de changement.

Une mise en œuvre progressive : pour obtenir des premiers résultats visibles, il est nécessaire d’assurer une mise en œuvre progressive, par étape. Dans ce cadre, chaque programme sera mis en place à travers plusieurs projets, qui seront déployés par vagues successives. Cette mise en œuvre par vagues permet de tenir compte du cycle naturel des projets, avec une succession des projets en fonction des impacts attendus et des capacités financières et humaines. Le portefeuille de la première vague comprend 226 projets, dont le tiers a déjà connu un début de mise en œuvre. La prise en compte de ces actions en cours était nécessaire, pour assurer la continuité de l’action gouvernementale. Mais le portefeuille intègre également des premiers leviers forts de rupture, qui permettent d’envisager le revirement stratégique souhaité dès la période 2015-2020. La mise en œuvre des programmes se fera ainsi de façon progressive, certains plus vite que d’autres, tout comme les fondements d’une maison doivent précéder ses piliers. L’essentiel sera de pouvoir montrer que la construction de l’ensemble de la maison avance dans la bonne voie, de façon cohérente, et que les populations progressivement en ressentent les impacts. Ainsi, les acquis progressifs devront être clairement mesurables et visibles pour les populations. Pour cela, des priorités seront définies à chaque étape.

Durant les six premiers mois du plan, huit projets devront permettre de faire face aux urgences immédiates (encadré 05). Répondre immédiatement à l’urgence sociale est critique, en accompagnant la démobilisation et la réinsertion des combattants, en renforçant l’accès des populations urbaines à l’eau et à l’électricité et en incitant à une baisse des coûts et des tarifs de télécommunications, qui impactent aujourd’hui une grande majorité des populations. Répondre à l’urgence financière et accroître les recettes de l’Etat est également indispensable. Cela est réalisable à travers une maîtrise des recettes de la pêche (Surveillance et contrôle du territoire maritime et gestion des licences de pêche) et la réorganisation et le renforcement des capacités de l'administration fiscale. Enfin, répondre à l’urgence économique et lever les goulots d’étranglement de l’économie (EAGB, port de Bissau) est également incontournable.

En même temps, durant les six (06) premiers mois, neufs (09) programmes permettront d’initier le revirement stratégique de la Guinée-Bissau. Trois d’entre eux doteront l’Etat bissau-guinéen des leviers critiques de pilotage et de mise en œuvre de la stratégie Guinée Bissau 2025: i) la mise en place auprès du Premier Ministre du Bureau de suivi du Plan stratégique, qui sera chargé immédiatement de décliner les plans directeurs opérationnels, ii)  la consolidation de la gestion des finances publiques, avec le déploiement du système d'information et de gestion des finances publiques, et iii) la mise en place des trois grands registres de l'Etat (personnes physiques, cartographie nationale, personnes morales), leviers critiques pour l’efficacité de toutes les politiques publiques. Deux programmes permettront de démarrer la construction de fondements critiques et durables, dans les domaines de la biodiversité (la loi-cadre sur le développement durable et le renforcement de l’IBAP et de la Fondation BioGuinée) et du développement social (plan d’autonomisation des populations démunies). Enfin quatre programmes permettront d’accélérer la croissance, en libérant le potentiel du secteur numérique, en initiant des réformes hardies du cadre des affaires, en améliorant les chaînes de valeur agricoles (filières riz et cajou) avec l’appui de partenaires techniques et en mettant en place le programme Tourisme des Bijagos, notamment la zone touristique spéciale.

Les priorités des six (06) premiers mois

 

9 projets pour faire face aux urgences immédiates et 9 programmes pour initier le revirement stratégique de la Guinée Bissau

A)   9 projets pour faire face aux urgences immédiates

L’urgence sociale :

1.       Fonds de pension et de gratification (démobilisation et réinsertion des combattants)

2.       Accès à l’eau et à l’électricité

3.       Politique incitative de baisse des coûts des facteurs et des tarifs des télécommunications

L’urgence financière (Accroître les recettes de l’Etat)

4.       Réorganisation et renforcement des capacités de l'administration fiscale

5.       Surveillance et contrôle du territoire maritime

6.       Gestion des licences de pêche

L’urgence économique (Lever les goulots d’étranglement de l’économie)

7.       Restructuration du port de Bissau et mise en place du Guichet Unique du Commerce Extérieur

8.       Restructuration de l'EAGB et actualisation du cadre réglementaire et institutionnel de l'électricité

9.       Production de 30MW (Kaleta, Parc solaire)

B)   9 programmes pour initier le revirement stratégique de la Guinée Bissau

3 programmes pour doter l’Etat bissau-guinéen des leviers critiques de pilotage et de mise en œuvre efficiente de la stratégie Guinée Bissau 2025

1.       Pilotage stratégique et suivi des politiques publiques

a.      Mise en place du Bureau de suivi du Plan stratégique Guinée-Bissau 2025

b.      Plan directeur de la stratégie Guinée Bissau 2025

2.       Système d'information et de gestion des finances publiques

3.       Mise en place des trois grands registres de l'Etat

c.       Registre des personnes physiques

d.      Registre des personnes physiques

e.      Registre des données géo-référencées (Cartographie nationale)

f.        Registre des personnes morales

 

2 programmes pour démarrer la construction de fondements critiques et durables

4.       Biodiversité

a.      Cadre réglementaire du développement durable

b.      Renforcement de l'IBAP et de la Fondation BioGuinée

5.       Autonomisation des populations démunies

 

4 programmes pour accélérer la croissance

6.       Numérique :

a.      Réformes du secteur numérique

b.      Accès au câble sous-marin (étude technique et modèle d'affaire)

7.       Cadre des affaires : Réformes Doing Business

8.       Agriculture et agro-industrie :

a.      Filière Riz : Appui technique pour l'amélioration de la chaîne de valeur riz

b.      Filière cajou : Appui technique pour l'amélioration de la chaîne de valeur cajou

9.       Tourisme :

a.       Mise en place de la zone touristique spéciale des Bijagos

b.      Programme d'urgence de développement intégré de l'archipel des Bijagos

 


 

Quatre leviers pour réussir la mise en œuvre du plan Guinée-Bissau Sol Na Iardi 

L’expérience des processus de changement et le contexte spécifique de la Guinée-Bissau mettent en lumière quatre (4) leviers qui seront critiques pour la réussite de la mise en œuvre du Plan Guinée-Bissau Sol Na Iardi.

Levier 1 : la volonté politique et l’exemplarité

Le leadership de la Guinée-Bissau devra désormais, en permanence, être le garant de la vision Guinée-Bissau 2025 et montrer l’exemple : La transformation d’un pays constitue un processus long et difficile. A plusieurs reprises, de nouvelles initiatives émaneront de sources diverses mais ne colleront pas avec les priorités arrêtées dans le cadre de la vision 2025. Ce sera aux Autorités, quel que soit l’attrait de ces nouvelles initiatives, de rappeler le cap, de garder la route tracée et de faire en sorte que toutes les ressources soient entièrement mobilisées à la mise en œuvre du plan opérationnel 2015-2020. Mais les arbitrages requis ne seront pas seulement techniques. Le leadership devra veiller au choix des responsables sur la base des compétences, à l’évaluation objective des performances, aux sanctions positives ou négatives lorsque justifiées, quelles que soient les personnes concernées, bref à des arbitrages en permanence guidés par le souci du bien commun. La transformation de la Guinée-Bissau sera avant tout une question d’attitudes, de valeurs, de comportements des Bissau-guinéens, et ces comportements seront à l’aune de ceux de leurs dirigeants.

Levier 2 : l’alignement intégral de l’action publique à la stratégie Guinée-Bissau 2025

Pour une bonne mise en œuvre, la stratégie Guinée-Bissau 2025 doit être déclinée sur tous les maillons de la chaîne d’intervention publique. En effet, la mise en œuvre de l’action publique constitue une longue chaîne, du niveau central au niveau local en passant par plusieurs échelons intermédiaires. Chaque maillon de cette chaîne a un rôle dans la mise en œuvre du plan et contribue à la réussite globale de sa mise en œuvre. Pour cela, les objectifs stratégiques du plan doivent être déclinés à tous les niveaux, et doivent orienter l’élaboration pour chacun de son plan d’action. L’action gouvernementale représente le premier niveau de déclinaison. Le Plan Opérationnel 2015-2020 doit se traduire dans un Plan d’Actions Gouvernemental annuel, lui-même décliné en Plans d’Actions Ministériel, et dans le budget. L’agenda des Conseils des Ministres et des Conseils interministériels sera principalement structuré autour de la mise en œuvre de ces plans. De la même manière, à tous les niveaux des administrations centrales et locales, cette culture de plan d’actions annuel doit se généraliser, avec la conscience pour chacun d’apporter sa part à la construction de la maison Guinée-Bissau Sol Na Iardi. En cela, l’implication et la mobilisation de tous autour de cette nouvelle vision sont fondamentales.

Levier 3 : La responsabilisation et la redevabilité à tous les niveaux

Les acteurs à chaque niveau devront être pleinement responsabilisés et rendre compte, dans le cadre de contrats de performance. Les agents publics ne doivent pas être les simples maillons d’une chaîne, dans laquelle tous interviennent, mais où seuls quelques-uns assument réellement les responsabilités. Chaque agent devra être pleinement responsabilisé, dans le cadre des missions qui lui sont confiées. La réussite du plan suppose donc son appropriation par toutes les composantes de la nation et une culture du résultat. Pour cela, les contrats de performance devront être généralisés, marquant l’engagement de chacun à atteindre ses objectifs. En retour, l’administration, dans le cadre du programme de renforcement des capacités, doit donner l’opportunité à chacun de se former et d’être plus performant. Au sein de l’administration centrale, les agents responsables des 64 programmes auront un rôle particulièrement critique. Parce que c’est à ce maillon essentiel de la chaîne que la stratégie devra réellement s’imprimer, ils devront développer des capacités à la fois de leadership et d’action et être de véritables agents de changement.

Levier 4 : un pilotage par les résultats

Un bureau de suivi du plan appuiera le Premier Ministre dans la mise en place d’un dispositif rigoureux d’animation, de pilotage et de suivi-évaluation du plan. L’élaboration de plans d’actions alignés à la stratégie et la responsabilisation des agents publics à tous les niveaux ne seront pas suffisants, s’ils ne s’accompagnent pas d’un pilotage par les résultats. Celui-ci permettra de mettre l’administration bissau-guinéenne “sous-tension” et d’évaluer les performances sur des bases objectives. Un bureau de suivi du plan stratégique, rattaché au Premier Ministre, permettra de disposer des outils requis. Il mettra en place le tableau de bord du Plan Guinée-Bissau Sol Na Iardi, avec une plate-forme de suivi informatisée qui permettra de suivre quasiment à temps réel l’état d’avancement des différents projets du plan, avec une vue agrégée sur chacun des 64 programmes, 26 domaines d’actions et 6 axes). La plate-forme sera également un outil d’évaluation de l’impact de la mise en œuvre globale du plan. Ce tableau de bord sera accessible à tous les agents publics à travers un site internet, en tenant compte des domaines et niveaux de responsabilité. Le bureau publiera par ailleurs tous les ans un bilan de la mise en œuvre du Plan 2015-2020.