Une population bissau-guinéenne vulnérable et parmi les plus pauvres du monde.

Les indicateurs de pauvreté monétaire et non-monétaire, de santé, et d’éducation de la Guinée-Bissau sont parmi les plus bas d’Afrique Sub-Saharienne. La situation de la majorité de la population bissau-guinéenne est très fragile. Les indicateurs de pauvreté monétaire et non-monétaire, de santé, et d’éducation de la Guinée-Bissau sont parmi les plus bas d’Afrique Sub-Saharienne comme le reflète l’IDH de 0,396 (177ème /187) en 2013. Cette situation fragile des foyers bissau-guinéens a été aggravée par l’instabilité politique, sociale, et économique que le pays a connu ces dernières années. Le niveau de pauvreté semble avoir augmenté durant la décennie 2000, passant de 15% en 2002 à 33% en 2010. L’espérance de vie est de 54 ans en 2012, et le taux de mortalité infantile resté élevé (78% en 2012). Ainsi, indépendamment du combat pour relever le niveau global de vie des populations, il apparaît urgent de mettre en place des filets de sécurité sociale pour les populations les plus vulnérables. Pour une population ayant été affectée par des années d’instabilité, la protection sociale apparaît comme un moyen de favoriser la paix et reconstituer le capital social. C’est pourquoi les nouvelles Autorités souhaitent la mise en place durant les cinq prochaines années d’un système de sécurité sociale centré en priorité sur les groupes les plus défavorisés, en particulier les femmes, les enfants et les réfugiés.

 

Programme 34a : Promotion de la stratégie nationale de développement social.

Une stratégie nationale de développement social, structurée autour du plan national de protection sociale et de la stratégie nationale d’autonomisation des populations les plus démunie, sera largement promue. La combinaison des deux approches, de protection sociale et d’autonomisation, permettra de mobiliser autour d’un projet de réduction de la pauvreté mêlant secours d’urgence et solutions durable pour les populations démunies. L’ambition du gouvernement bissau-guinéen est de mettre la bataille sociale et la lutte contre la pauvreté au cœur de l’agenda du revirement stratégique. Cette bataille sociale devra être une priorité partagée avec le secteur privé, notamment dans le cadre de ses programmes de Responsabilité Sociale d’Entreprise (RSE). Elle doit également sensibiliser les organi-sations non gouvernementales, les partenaires au développement, ainsi que tous les acteurs impliqués dans la mise en œuvre. Cette large mobilisation permettra de bâtir des synergies fortes à partir de l’engagement citoyen et des initiatives d’une multitude d’acteurs. Cette large promotion permettra de faire de la bataille contre la pauvreté un enjeu national durant la période 2015-2020.

 

Programme 34b : Amélioration et extension de la protection sociale.

La Guinée-Bissau envisage de mettre en œuvre un système de protection sociale (filets sociaux prévisibles) efficace qui réduira de façon drastique la pauvreté. La Guinée-Bissau souhaite s’inspirer des meilleures pratiques pour bâtir une stratégie nationale de protection sociale et d’autonomisation. Ainsi, des programmes conditionnels d’aide, du type « Bolsa Familia » au Brésil, Vision 2020 Umurenge au Rwanda, qui ont permis à ces gouvernements de réduire considérablement la pauvreté, seront mis en place. Ces programmes sont de plus en plus répandus et prouvent leur efficacité (réduction de la pauvreté de l’ordre de 12% au Rwanda). Des transferts directs d’argent vers les plus pauvres sont organisés, conditionnés à certaines obligations en matière de scolarisation ou de suivi sanitaire. Leur mise en place s’appuie sur l’usage des nouvelles technologies qui permet, tout en réduisant les tâches de l’administration et en responsabilisant les bénéficiaires, d’apporter un appui ciblé, rapide et efficace contre la pauvreté. Pour mettre en place le système de protection sociale le mieux adapté à son contexte, la Guinée-Bissau réalisera une étude avec ses partenaires en prenant en compte ces bonnes pratiques internationales et ses problématiques propres de vulnérabilité. Ce nouveau système aura aussi pour objectif l’autonomisation progressive des populations les plus vulnérables, à travers le développement d’activités génératrices de revenus et la protection de leur capital social. Parallèlement, le gouvernement poursuivra les projets d’assistance sociale en cours en direction des groupes vulnérables et le renforcement de la résilience des communautés, en particulier les femmes, les enfants, les réfugiés et dans le domaine hospitalier. L’élaboration de la stratégie nationale de protection sociale permettra d’apporter de plus en plus de cohérence et d’efficience à l’ensemble de ces projets et de proposer la formule adéquate pour la mise en œuvre d’une couverture maladie pour la population.

Une initiative ciblant les besoins spécifiques des populations de la base de la pyramide économique (BoP)* sera au cœur de la stratégie Guinée-Bissau 2025.

*BoP signifie « Base of the Pyramid », terme popularisé par C.K. Prahalad dans son ouvrage The Fortune at the Base of the Pyramid

Atteindre la prospérité partagée passera non seulement par le développement structurant des secteurs moteurs de croissance, mais également par une prise en charge spécifique des besoins des populations de la base de la pyramide économique. La Guinée-Bissau est un des pays les plus pauvres du monde. 33% de sa population est extrêmement pauvre, avec moins de 1$ par jour, et 70% de la population vit sous le seuil de pauvreté, avec moins de 2$/jour. Ces statistiques semblent s’être détériorées sur les 10 dernières années (taux de pauvreté estimé à 65% en 2002). Le Plan Guinée-Bissau 2025 prévoit d’engager durablement le pays sur le chemin de la prospérité partagée d’ici 2025. Ceci passera non seulement par le développement structurant des secteurs moteurs de croissance, mais également par une prise en charge spécifique des besoins des populations de la base de la pyramide économique. En effet, le mode de fonctionnement des populations pauvres et des marchés les servant est souvent radicalement distinct de celui actionné par les stratégies classiques de développement des secteurs de croissance. Les deux dernières décennies ont vu éclore une tendance mondiale qui consiste à adresser les problématiques de la pauvreté, non plus seulement par le biais de la philanthropie, des dons ou de l’assistance, mais en privilégiant le développement de modèles entrepreneuriaux économiquement viables et visant la résolution de problématiques spécifiques dans des domaines tels que l’éducation, l’accès à l’assainissement, l’eau, l’énergie, l’habitat etc. Par exemple, au Kenya 150 000 élèves bénéficient de formation d’excellence dans les écoles privées Bridge Academies pour des frais de scolarité de 5$ par élève et par mois. Codensa, la compagnie d’électricité de la ville de Bogota, a développé rentablement une division chargée de vendre services et biens aux abonnés de la Base de la Pyramide. Drishtee vend rentablement des services Web et distribue des biens de consommation dans l’Inde rurale. Gawad Kalinga a créé un million de logements sociaux aux Philippines à partir d’un modèle de social business. Au Mexique, CEMEX a développé une initiative de grande ampleur de construction de logement dans les bidonvilles de Mexico. L’initiative Bolsa Familia, au Brésil, a contribué à hisser 50 millions de gens de la pauvreté en 5 ans au moyen de transferts sociaux monétaires conditionnels.

 

Programme 34c : Autonomisation et Genre (Plan National Directeur d’appui aux populations démunies/BOP).

La mise en œuvre du schéma directeur d’autonomisation du BoP s’associera aux projets visant à libérer le potentiel économique des populations vulnérables, et notamment les femmes. Le plan d’autonomisation démarrera avec l’implémentation de projets de renforcement de l’environnement économique dans lequel évoluent les femmes, surtout en milieu rural. Des instruments essentiels et novateurs, tels que le matériel de petite irrigation ou de production d’énergie renouvelable, seront mis à disposition des femmes dans l’agriculture. Des projets en cours, au succès prouvé, continueront de répondre aux besoins les plus pressants des populations rurales. En assurant un renforcement de capacités pour le développement local et en mettant en place un fonds d’investissement dédié, le projet RCDD a permis la prise en charge d’urgences sociales au moyen de micro-projets conduits par les habitants des régions de Biombo et Cacheu. Forte de ces succès régionaux, la Guinée-Bissau peut envisager la mise en place d’un projet d’envergure nationale d’autonomisation des populations du BoP permettant de répondre aux problématiques socio-économiques les plus immédiates entravant le bien-être et la création de valeur généralisés.

L’objectif du plan directeur BoP est de renforcer les synergies et l’impact des projets visant à apporter aux populations du bas de la pyramide des solutions économiques et sociales spécifiques, économiquement viables, d’impact positif rapide, et déployables à grande échelle. Il s’agira de renforcer la réponse aux problématiques des populations BoP via des modèles qui puissent leur créer des opportunités économiques et leur assurer un bien-être humain de base. La démarche se structurera autour de trois défis majeurs à relever : i) identifier les leviers à fort impact pour tirer le maximum de personnes de la pauvreté en cohérence avec la stratégie nationale, ii) identifier les secteurs pour lesquels les solutions BoP s’adapteraient le mieux en Guinée-Bissau et enfin iii) promouvoir, adapter et accompagner la mise en œuvre.

Une approche spécifique BoP sera systématiquement intégrée dans chacun des piliers et fondements. Pour les secteurs moteurs de croissance, on renforcera l’inclusion des populations BoP. Par exemple, on s’interrogera sur comment maximiser le rôle économique des populations BoP dans la fourniture de biens et services à la filière hôtelière des Bijagós (pêche, agriculture, transport, hôtellerie, artisanat, énergie) ; comment maximiser les revenus du BoP par la pêche artisanale, l’aquaculture, ou les mines ; comment accélérer l’adoption par les petits agriculteurs de bonnes pratiques de culture du cajou et le co-développement de l’horticulture. De la même manière, pour les « fondements » répondant aux besoins primaires de bien-être, on cherchera à favoriser l’accès des populations BoP aux services de base (santé, éducation, bancarisation, eau et assainis-sement, utilities, habitat), ou leur adoption de pratiques de développement durable (éducation et formation professionnelle). Sur des problématiques nationales, telles que la paix civile, l’éducation, et l’emploi des jeunes, l’initiative BoP devrait permettre de coaliser les nombreux intervenants actuels (publics, ONG, secteur privé, société civile,) autour d’un objectif mobilisateur. Il s’agira de reconnaître que les acteurs intervenant sur une problématique coopèrent souvent de manière inefficace en dépit de moyens financiers investis souvent significatifs. La résolution de problématiques aussi complexes ne peut être véritablement efficace que via une action concertée et synergique (approche Collective Impact).

Le plan BoP aidera à faire de la Guinée-Bissau un pionnier, un des premiers pays à développer une stratégie nationale intégrée de solutions dédiées aux populations pauvres et aux femmes. L’enjeu est de taille : réussir à tirer la popu-lation bissau-guinéenne de la pauvreté dans les meilleurs délais et l’installer durablement dans la classe moyenne.

 

Promouvoir la renaissance culturelle, redynamiser le sport et relancer une politique en faveur de la jeunesse