Valoriser pleinement le potentiel agricole du pays

L’agriculture, un secteur dominant de l’économie au potentiel sous-exploité.

La Guinée-Bissau dispose d’un vaste potentiel agro-pastoral. L’agriculture domine l’économie avec 69% du PIB, plus de 90% des recettes d’exportation, et 85% des emplois directs et indirects. Elle peut s’appuyer sur un vaste potentiel naturel. En effet, le pays est doté d’une biodiversité préservée, de terres fertiles et bien arrosées, et d’un climat tropical propice à une variété importante de cultures. Sans action nationale concertée, la production de cajou a augmenté de 140 000 tonnes en l’espace de 15 ans, passant de 60 000 tonnes en 2000 à 200 000 tonnes en 2014 et plaçant la Guinée-Bissau au quatrième rang dans la production mondiale. Le pays détient un potentiel rizicole important, et pourra compter sur le développement de l’horticulture, des fruits forestiers et de l’élevage dans les années à venir.

La Guinée-Bissau ne valorise qu’une faible partie de son potentiel naturel. Seules 50% des terres cultivables sont exploitées et la productivité des terres est faible. Le secteur est handicapé par un manque d’accompagnement technique, financier et managérial. Les agriculteurs ont peu ou pas accès aux moyens de production modernes capables d’optimiser qualité et rendements. Le manque d’accès à l’information sur les marchés, à l’organisation en coopératives et aux conseils techniques grève les capacités de prévision et de négociation, entraînant souvent la vente des récoltes à des prix faibles à des moments inopportuns. Des investissements insuffisants dans les infrastructures rurales, le transport, l’aménagement du territoire et les programmes d’accès aux financements limitent le développement à grande échelle des activités agricoles, en particulier des activités non pluviales. La dépendance alimentaire de la Guinée-Bissau est accrue par l’abandon de la culture du riz au profit du cajou, l’exode rural, le manque de main d’œuvre qualifiée et l’importation du riz par les gros acteurs du cajou à travers le système de troc cajou-riz. Ainsi, 40% de la consommation de riz est aujourd’hui importée. Le secteur agricole reste peu diversifié et dépend fortement de la production de cajou, qui représente la moitié des surfaces cultivées. De plus, la faible intégration aval des chaînes de valeur réduit la création de richesse domestique. Ainsi, un producteur de cajou bissau-guinéen ne capte que 11% de la valeur des amandes de cajou vendues sur les marchés finaux, faisant de l’industrialisation un des défis majeurs du secteur.

L’ambition de la Guinée-Bissau est de développer sa production, d’augmenter ses revenus agricoles et d’assurer son autosuffisance alimentaire. Des stratégies filières spécifiques ont été élaborées pour le cajou, le riz, l’élevage et l’horticulture. Pour les appuyer, trois (03) programmes transverses et complémentaires seront mis en place : i) les réformes et le renforcement institutionnel du secteur agricole, ii) la gestion durable des écosystèmes agro-pastoraux, iii) le renforcement du dispositif d’appui au secteur agricole.

 

Programme 39 : Réformes et renforcement institutionnel du secteur agricole.

L’ambition de la Guinée-Bissau dans la filière agricole nécessite une gouvernance forte dotée d’un cadre réglementaire adéquat. Le Plan Guinée-Bissau 2025 prévoit la mise en place d’un cadre réglementaire réformé et adapté permettant un développement agricole fort. La mise à niveau du dispositif réglementaire permettra de renforcer l’attractivité de la filière agricole auprès des investisseurs privés nationaux et internationaux et donc l’accès au financement des opérateurs locaux. Des textes alignés à la nouvelle stratégie de la filière seront élaborés et promulgués pour faciliter la mise en place de partenariats public-privé (PPP) gagnants-gagnants, appliquant les meilleures pratiques internationales dans les filières porteuses de croissance. La mise aux normes internationales du dispositif sanitaire et des infrastructures de la filière élevage permettra de mieux valoriser le secteur en renforçant son intégrité et son potentiel d’exportation.

L’ambition d’exploiter de façon optimale et durable le potentiel de la filière agricole nécessite un cadre institutionnel adapté et cohérent, facilitant la coordination des rôles et responsabilités de chacune des parties prenantes du secteur agricole et agro-industriel. Le programme de collecte de statistiques agricoles, qui s’appuiera sur les TIC, facilitera la conception et le suivi de politiques agricoles adaptées aux réalités du terrain. Notamment, l’Instituto Nacional de Estatisticas e Censos (INEC) réalisera des enquêtes agricoles pour suivre la vulnérabilité des ménages ruraux et aider à la planification météorologique. La mise en place de services tels qu’un bureau de statistiques dédié et performant permettra de doter les départements sectoriels d’outils de gestion efficaces. Pour assurer la sécurité alimentaire de la Guinée-Bissau, la coordination de la sécurité alimentaire et nutritionnelle sera renforcée au niveau institutionnel. Un laboratoire d’analyse de la qualité des produits, des sols, et des semences sera mis en place pour assister les producteurs et les acteurs agro-industriels dans la certification de qualité.

Les résultats de la recherche agricole alimenteront le dispositif d’affectation du territoire et d’encadrement des opérateurs. A terme, l’institut de recherche et développement (R&D) agricole sera restauré et renforcé afin d’appuyer les producteurs dans les meilleurs choix de technologies agricoles. L’institut aura pour mission d’exploiter les statistiques agricoles collectées de manière à guider les conseils agricoles et le volet agricole de l’affectation du territoire, tout en déterminant les domaines critiques de R&D. Les résultats de ces efforts de recherche permettront de guider les opérateurs vers les meilleurs itinéraires techniques des filières existantes, voire vers de nouvelles filières prometteuses.

Programme 40a : Gestion durable des écosystèmes agropastoraux.

La résilience à long terme du secteur agricole dépend de la préservation des écosystèmes agro-pastoraux, notamment de l’eau et des sols. Une stratégie judicieuse de gestion intégrée des ressources en eau permettra de maîtrise l’utilisation des ressources en eau dans les activités agricoles au niveau local, régional et national à travers. Des politiques sectorielles préserveront les ressources aquatiques de polluants tels que les produits de l’extraction minière, les engrais ou les coques de noix de cajou. Pour réduire la dégradation des sols, les pratiques agricoles nocives, telles que la monoculture ou la culture sur brûlis, seront découragées. La mangrove, écosystème fragile et précieux, sera valorisée dans la production de riz. Le volet agricole du Plan National d’Aménagement du Territoire sera régulièrement mis à jour tenant compte des niveaux de préservation des écosystèmes agro-pastoraux et des réseaux hydrauliques.

Programme 40b : Renforcement du dispositif d’appui au secteur agricole

L’objectif ambitieux de développement de l’agriculture et de l’agro-industrie bissau-guinéenne requiert un appui et un encadrement adapté. L’assistance aux producteurs individuels, aux coopératives et aux associations sectorielles constitue un levier clé d’optimisation de la productivité agricole: les services d’appui permettent de dispenser des recommandations aux producteurs sur les meilleurs itinéraires techniques, intrants et technologies. La bonne prise en charge de ces besoins suppose la mise en place d’un dispositif adéquat de recherche, de conseil et d’encadrement tout au long des chaînes de valeur. Mais la qualité de cette assistance est critique et dépendra fortement de la compétence des agents qui en assureront le déroulement.

Pour les filières agricoles telles que la noix de cajou et le riz, l’Etat contractualisera une assistance technique afin d’appuyer la structuration des chaînes de valeur. Cette assistance aura pour objectifs d’organiser les producteurs, de développer la transformation et de créer des liens contractuels entre transformateurs, producteurs ou acheteurs sur les marchés finaux de consommation. La figure ci-après illustre un modèle d’assistance technique pour structurer la chaîne de valeur riz.

 


Figure  12 : Modèle de structuration d'une chaine de valeur Riz avec l'appui d'une assistance technique
Source : Analyses Performances Group

L’assistance technique inclura un volet de renforcement des capacités des services d’encadrement du Ministère de l'Agriculture. Ainsi, des transferts de compétences seront opérés qui permettront de pérenniser l’appui aux producteurs et transformateurs, une fois les périodes d’assistance technique terminées. Le succès de ces instances de conseil, d’appui au développement agricole et d’encadrement dépendra également de la vulgarisation de leurs activités dans le tissu des opérateurs nationaux. Des campagnes de promotion, voire d’incitation à leur utilisation, seront ainsi conduites par les entités publiques en charge du développement agricole et rural.

Le gouvernement réalisera une stratégie de financement pour fournir des équipements modernes aux petits producteurs et les alimenter chaque année en semences améliorées. Un système d’information de marché fiable sera mis en place pour améliorer leur connaissance du marché, notamment des prix, et faciliter l’acheminement de leur production vers les marchés à plus forte valeur ajoutée. Le gouvernement étudiera avec ses partenaires privés et publics la mise en place d’un système d’assurance indicielle permettant de couvrir les risques pour les petits producteurs en cas de climat défavorable. Enfin, des infrastructures de base, telles que des routes fonctionnelles et des entrepôts de stockage sûrs et secs, seront construites pour le transport, le stockage et la transformation de la production. L’Etat facilitera la mise en place de de plateformes mutualisant la fourniture d’intrants, de conseils agricoles, de stockage des récoltes, de contact avec les services d’appui et d’encadrement de l’Administration.

i.             Maximiser la création de valeur dans la filière cajou

La noix de cajou, principale richesse de la Guinée-Bissau, présente un fort potentiel de développement.

La valorisation de la filière cajou représente une opportunité considérable pour la Guinée-Bissau. Avec 200 000 tonnes de noix brutes produites sur plus de 210 000 ha en 2013, le pays est le 4ème producteur mondial. Le cajou y génère 18% du PIB, 90% des recettes d’exportation et 33% des revenus des ménages. La vaste majorité des agriculteurs bissau-guinéens sont impliqués dans la production de cajou (cf. Figure 1). Les volumes de production de noix brutes ont cru de 6% par an en moyenne depuis 1995, soit au même rythme que le marché mondial de consommation finale. Cette demande mondiale est principalement tirée par l’alimentation humaine, sous forme de mélanges apéritifs, prisés en Europe, aux Etats-Unis et dans les classes moyennes des pays émergents, ou d’agréments dans les préparations culinaires traditionnelles, indiennes et asiatiques notamment. Le consommateur final est servi par 3 types de canaux (commerce de détail pour 80%, l’hôtellerie et la restauration pour 10%, l’industrie agro-alimentaire pour 10%). La noix de cajou brute de Guinée-Bissau est très compétitive sur le marché international avec un KOR (Kernel Output Ratio), unité de mesure de la qualité de la noix brute, parmi les meilleurs du monde. Cette qualité distinctive est souvent attribuée aux caractéristiques naturelles « bio » du cajou bissau-guinéen, produit sans intrants chimiques par de petits agriculteurs. On assiste aussi au développement soutenu de segments de marchés «prémium » exigeants en matière d’origine, de traçabilité, de qualité et de développement durable. Avec un marché final en forte expansion, le développement de la filière cajou représente une opportunité importante de création de valeur pour le pays. De même, la forte disponibilité de main d’œuvre rurale représente une opportunité pour le développement de la transformation locale.

 


Figure 13 : La production de cajou sur l’ensemble du territoire
Source : Analyses Performances Group

 

Cependant, la Guinée-Bissau ne capte aujourd’hui qu’une part minime de la valeur ajoutée de la filière. L’activité se limite principalement à la cueillette et à la vente de noix brutes, la transformation en amandes prêtes à la consommation étant quasi-inexistante. Les producteurs sont peu sensibilisés aux meilleures pratiques d’optimisation de la qualité et de la valeur de la noix brute, parmi lesquelles les techniques d’amélioration des rendements, de la qualité (taille notamment) ou de limitation des pertes sur la chaîne de valeur nationale (séchage, emballage, stockage, transport). En outre, l’empressement à réaliser le produit des récoltes (exploitations exigües, incitations à la cueillette de fruits immatures par les programmes de troc cajou contre riz), une certaine opacité des informations de marché au niveau des petits producteurs et un rapport de forces inégal avec les négociants internationaux, conduit souvent les agriculteurs à pratiquer des prix inférieurs à ce qu’ils pourraient capter dans des conditions optimisées. Enfin, sur 200 000 tonnes de cajou produites en 2013, à peine quelques centaines font l’objet de transformation locale. En effet, quand bien même les 18 unités de transformation recensées dans le pays cumulent une capacité théorique avoisinant les 12 000 tonnes, aucune n’est véritablement fonctionnelle. Au-delà du choix fondamental de modèles industriels souvent inadaptés (taille insuffisante, impropre à la mécanisation et imposant une dépendance excessive à la qualité d’une main d’œuvre non formée), une variété de facteurs expliquent cette situation, parmi lesquels : (i) l’absence de financements, notamment du besoin de fonds de roulement, (ii) le déficit d’in-frastructures fonctionnelles (séchage, stockage, routes secondaires notamment), (iii) l’insuf-fisance de compétences techniques managériales, de R&D et de contrôle qualité, de vulgarisation des bonnes pratiques agricoles et industrielles, (iv) le caractère peu incitatif de l’environ-nement des affaires, (flexibilité salariale, possibilité d’introduire la rémunération des opérateurs au rendement, efficacité des services portuaires/douaniers) (v) la diffi-culté d’accès aux marchés finaux (vi) le manque de cadre institutionnel d’appui au secteur, (vii) la concurrence à l’approvi-sionnement avec les négociants internationaux.

Enfin, le produit « noix de cajou d’origine Guinée-Bissau » est totalement absent des marchés de consommation finale et n’est promu par aucun acteur de la filière.

 

 

Dans le modèle actuel de transformation et de commercialisation, les opérateurs internationaux proposent des produits mixant noix bissau-guinéennes et noix d’autres origines. Cette situation a pour conséquence de soustraire à la Guinée-Bissau l’opportunité de proposer aux marchés de consommation une offre d’origine nationale, contrôlée, traçable et de qualité homogène, à l’image de ce qu’a réalisé le Mozambique avec son programme Mozacaju, ce qui représente pour le pays un manque à gagner significatif. Ainsi, dans le modèle actuel, la Guinée-Bissau perd l’opportunité de positionner un produit national « prémium », de haute valeur ajoutée, et se trouve cantonnée au seul maillon « agricole » de la chaîne de valeur, soit seulement 10% de la valeur de la filière, les 90% restants étant captés en dehors du pays, par transformateurs, transporteurs, négociants et distributeurs.

 

Enfin, en plus d’une échelle et d’une expérience considérables, les pays les plus compétitifs (Inde et Vietnam) bénéficient de marchés nationaux valorisant les sous-produits de la filière (ex valorisation de l’huile de coque de cajou –CNSL – Cashew Nut-Shell Liquid- par l’industrie des peintures et vernis).

Pour faire de la noix de cajou de Guinée-Bissau un produit compétitif sur le marché international, respecté pour sa haute qualité et créateur de valeur, deux programmes clés sont envisagés: (i) structuration d’une grappe cajou compétitive, via, d’une part, l’augmentation des rendements, de la qualité de la noix brute, et du pouvoir de négociation des producteurs, et, d’autre part, via le développement d’un écosystème de transformation industrielle locale assis sur un modèle de partenariat entre des unités régionales semi-mécanisées et de taille moyenne, et une ou quelques unités de port national, en mesure d’intervenir sur le marché international. Une entité spécialisée dans le développement de filières agricoles (Business Development Services provider - BDS), si possible expérimentée en matière de cajou, sera retenue pour accompagner le processus de transformation. (ii) Elaboration d’un cadre réglementaire incitatif en mesure de remotiver les investisseurs nationaux et d’attirer un partenaire industriel catalytique international qui accélèrera la professionnalisation de la filière.


Figure 14 : Unités de transformation à l’arrêt en Guinée-Bissau
Source : Gouvernement Guinée-Bissau

 

Programme 41 : Optimisation et valorisation de la chaîne de valeur cajou

Le Plan vise à quadrupler la valeur actuellement tirée de la noix de cajou pour générer 550 M$ de revenus par an et atteindre un taux de transformation de 30% d’ici 2025. L’atteinte de cet objectif passe par l’accompagnement de la filière à tous les niveaux de la chaîne de valeur : (i) l’assistance à la production, (ii) la structuration des activités de transformation domestique, (iii) la commercialisation d’une amande de cajou bissau-guinéenne à forte valeur ajoutée. Un Programme de Réhabilitation du Secteur Privé et de Développement de l’Agrobusiness, focalisé sur l’assistance à la production et la structuration des activités de transformation domestique, est actuellement appuyé par la Banque Mondiale. Pour assurer un accompagnement complet, un partenariat stratégique sera mis en place avec un Business Development Services provider (BDS) international, spécialisé dans la valorisation de filières agricoles.

L’assistance à la production de noix de cajou s’organisera selon deux axes : l’encadrement technique de la production (rendements et qualité) et le renforcement du pouvoir de négociation des producteurs. L’encadrement technique a pour objectif de renforcer les rendements et la qualité de la production par : la formation des producteurs aux itinéraires techniques appropriés (notamment espacement des arbres et association de cultures vivrières), la mise en place d’infrastructures de stockage, la structuration de services de sacherie, de transport, la mise en place de laboratoires de recherche et de contrôle de la qualité, et la différenciation des prix reçus par les producteurs selon la qualité du produit. Le renforcement du pouvoir de négociation des producteurs a pour objectif d’améliorer les termes de l’échange entre producteurs et marchands de noix de cajou brute par la structuration de coopératives, la mise en place d’un système d’information et la fixation de prix de références par le gouvernement. L’organisation des producteurs en coopératives sera encouragée.

La structuration des activités de transformation domestique vise le développement d’un tissu de moyennes entreprises par l’accompagnement technique, financier, et managérial des transformateurs à tous les niveaux du processus industriel. Cela passera par: l’accompagnement qualité des producteurs par les transformateurs, facilité par la proximité géographique (cf. Figure 3) et l’instauration de prix différenciés en fonction de la qualité produit, la structuration de solutions financières pour les investissements et la gestion des besoins de fonds de roulement, l’accompagnement à la mise en place d’un tissu d’activités support stimulé par le service provider (services d’appui aux approvisionnements, à la vente, la distribution et le marketing), la coordination des organisations existantes (Ministère de l’Agriculture, ANCA) et l’appui à la création d’organisations nouvelles (coopératives). A l’instar des pays les plus compétitifs, la Guinée-Bissau pourra à terme valoriser les sous-produits de la filière telles que les coques (cf valorisation des CNSL en Inde): celles-ci pourront être utilisées dans la cogénération d’électricité pour les unités de transformation, contribuant ainsi à contourner une des problématiques principales de l’environnement des affaires en Guinée-Bissau aujourd’hui (déficit énergétique). Les services du Business Development Services provider seront essentiels pour bien accompagner l’éclosion de l’écosystème d’unités de transformation : son appui sera critique dans le choix des sites et du type d’entrepreneurs à appuyer, dans l’adoption des « best practices » répertoriées dans d’autres environnements comparables, dans la consolidation d’entités professionnelles sectorielles fortes et dans l’appui financier aux producteurs et transformateurs. A terme une trentaine d’unités de taille moyenne et semi-mécanisées seront nécessaire pour assurer la transformation d’un tiers de la production de noix brutes à l’horizon 2025.

 


Figure 15 : Tissu potentiel de moyennes entreprises assurant une transformation locale de cajou
Source : Analyses Performances Group

 

La Guinée-Bissau pourra optimiser la valeur générée par la filière cajou en s’engageant dans la commercialisation. Ce maillon de la chaîne de valeur (distribution, commercialisation) retient la plus grande part de la valeur ajoutée de la filière (40%) et donc, et à plus forte raison, du profit. Ainsi, l’intégration de la filière cajou bissau-guinéenne jusqu’à la commercialisation la protégera d’une exposition excessive aux fluctuations des cours mondiaux de la matière première. Pour capter le maximum de valeur au niveau de la commercialisation, l’amande de cajou bissau-guinéenne définira une proposition de valeur distinctive qui ajoutera aux caractéristiques-produit tangibles (taille, couleur, goût), des attributs valorisés par les distributeurs et consommateurs finaux des marchés premium (histoire, origine, développement durable, commerce équitable, agriculture biologique). Afin de promouvoir le produit d’origine Guinée-Bissau auprès des distributeurs, détaillants et consommateurs finaux, la filière cajou nationale développera des partenariats avec des négociants spécialisés dans la promotion de produits alimentaires d’origine auprès des grands distributeurs européens et américains.

Ainsi, l’intermédiation évoluera depuis la situation actuelle où le modèle « middleman » (sans grande valeur ajoutée) prévaut, vers un modèle de partenariat avec des intermédiaires créateur de valeur, par la promotion de labels, marques et origines. Le Business Development Services provider appuiera la structuration de ces programmes et la consolidation de ces partenariats innovants.

 

ii.            Atteindre l’autosuffisance en riz en 2020

Une Ambition légitime.

La Guinée-Bissau dispose d’un potentiel rizicole important mais sous-valorisé. Malgré ses 1,4 millions d’hectares de terres propices à la culture du riz, le pays n’exploite que 400 000 ha pour produire 110 000 tonnes de riz décortiqué par an, ce qui ne représente guère que 40% des besoins alimentaires nationaux. Les 60% restants sont satisfaits par des importations estimées à 150 000 tonnes (hors importations illégales). Même si les bonnes conditions pédoclimatiques locales, la disponibilité des ressources en eau, et les différents écosystèmes du pays sont favorables à la production bissau-guinéenne, elle reste encore fortement dépendante de conditions climatiques aléatoires du fait notamment de la détérioration et de la dégradation des infrastructures hydroagricoles pendant les périodes de conflit. La production doit augmenter pour faire face à des besoins en riz de plus en plus importants, tirés notamment par la forte croissance de l’urbanisation (+8% en 10 ans).

 

 


Figure 16 : chiffres-clés sur la production et la demande en riz
Source : Analyses Performances Group 

 

Un plan pour l’autosuffisance en riz en 2020.

Les rendements de la production rizicole de la Guinée-Bissau sont trop bas. Ils s’élèvent en moyenne à 1,17 tonne par ha, contre par exemple 10 tonnes par ha en Egypte. Plusieurs facteurs expliquent ce rendement faible et obèrent la compétitivité de la filière rizicole de la Guinée-Bissau: l’absence d’aménagements agricoles et d’infrastructures logistiques, la salinisation des terres dans les zones côtières, le faible degré de mécanisation, le manque de semences sélectionnées, l’insuffisance de main d’œuvre qualifiée, et l’absence de financement.

Fortement dépendante des importations et vulnérable aux fluctuations mondiales, la Guinée-Bissau s’expose à un risque élevé d’insécurité alimentaire. Les échanges mondiaux (exportations) diminuent et les grands pays exportateurs limitent leurs exportations (Thaïlande, Vietnam, Inde, Pakistan…). Comparées à celles d’autres céréales sèches, les projections sur les prix indiquent que le riz sera bientôt la céréale la plus chère. Sur les 10 prochaines années, le riz sera 46% plus cher en moyenne que le blé et 77% plus cher que les autres céréales.

 

 


Figure 17 : Projections des prix des céréales sèches sur la période 2014-2023 (USD / tonnes)
Source : Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO

 

Cette dynamique s’avère à priori durable du fait d’une demande en croissance continue, particulièrement en Afrique.

La Guinée-Bissau doit assurer son autosuffisance en riz dès 2020. Les autorités visent une production de 450 000 tonnes de riz en 2020 et 510 000 tonnes en 2025 qui se traduiront par la création de 50 000 emplois. Pour atteindre ces objectifs, trois programmes majeurs sont prévus : i) l’aménagement de nouvelles terres, en commençant par les bas-fonds pluviaux et les mangroves, ii) l’amélioration des rendements et iii) la promotion du riz local et de l’accès au marché. Par ailleurs, une meilleure gestion des réserves alimentaires sera assurée afin de faire face aux périodes de soudure et ainsi protéger les plus vulnérables de la faim. Cela suppose un approvisionnement stable, immédiatement utilisable et un système de distribution efficace, notamment à travers les banques de céréales villageoises et d’autres infrastructures de stockage pour conserver la production tout au long de l’année.

 

 

 

Programme 42 : Aménagement et Infrastructures.

A l’horizon 2025, 510 000 ha de terres seront dédiés à la culture du riz, soit 114 000 hectares de plus qu’en 2014. L’aménagement débutera avec les bas-fonds pluviaux et les mangroves, qui porteront 90% de l’accroissement des terres cultivées (50 000 ha additionnels de bas-fonds pluviaux et 54 000 ha de mangroves). Par ailleurs, des aménagements lourds permettront d’irriguer 10 000 ha de bas-fonds. Ces projets d’aménagement se dérouleront au travers de projets sous-régionaux avec l’OMVG, tel que celui de Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) dans le bassin versant du fleuve KAYANGA-GEBA. Ce projet prévoit la réalisation de 19 mini-barrages d’irrigation sur les affluents du fleuve Gêba pour libérer un potentiel de 93 000 tonnes de production de riz paddy à l’horizon 2020. L’investissement privé sera également fortement encouragé dans l’aménagement de terres additionnelles. L’Etat facilitera dans ce cadre l’établissement de contrats de partenariat entre les organisations de producteurs de riz et de grands producteurs privés pour aménager et produire davantage de riz local.

 


Tableau 1 : Hypothèse d'évolution des superficies dédiées au Riz
Source : Gouvernement Guinée-Bissau et analyses Performances Group

 

À l’aménagement s’ajouteront l’appui financier à la réhabilitation et à la construction d’infrastructures rurales "PRESAR" et l’aménagement de surfaces agropastorales et halieutiques pour diversifier les revenus des producteurs de riz.

Programme 43a : Amélioration des rendements.

L’amélioration des rendements est indispensable à l’atteinte des objectifs d’autosuffisance alimentaire en riz. Elle passera par le respect des itinéraires techniques de production, la restauration de la recherche agricole au niveau du Ministère de l’Agriculture, et surtout l’utilisation plus systématique de semences améliorées. Dans ce cadre, la Guinée-Bissau renforcera sa coopération avec les organisations africaines telle qu’Africa Rice, qui porte le projet de développement du riz NERICA. Sur cette base, une initiative majeure de reconstitution du capital semencier en riz sera mise en œuvre. Le développement du secteur privé dans l’agrofourniture, notamment en semences améliorées et en fertilisants homologués, sera encouragé. Dans ce cadre, l’Etat facilitera l’importation de semences améliorées en provenance de la sous-région, et offrira des facilités fiscales et douanières aux entreprises ayant investi dans l’agrofourniture ou la production d’agrofourniture locale. 

Programme 43b : Promotion du riz local et accès au marché.

La promotion du riz local sera un levier important pour stimuler la production. Le renforcement des services d’encadrement au producteurs, à travers une assistance technique, permettra d’appuyer l’organisation des producteurs en coopératives et de leur fournir des compétences en marketing et en commercialisation de leur production. La commercialisation pourra ainsi être organisée sous une marque faîtière avec un dispositif de labellisation des différentes variétés de riz local. A titre d’exemple, le riz de mangrove est particulièrement apprécié dans les pays au sud de Guinée-Bissau et est vendu 30% plus cher en moyenne que les autres variétés. La labellisation de cette variété associée à : (i) une identification des marchés de valeur, (ii) la mise en place de mécanismes de contractualisation avec des acheteurs, (iii) l’usinage et le conditionnement adéquat des produits, permettront la structuration progressive d’une véritable chaine de valeur riz en Guinée-Bissau.

Un environnement des affaires propice et des mesures incitatives permettront de faire émerger des PME-PMI performantes et d’augmenter les opportunités commerciales, au niveau national et à l’exportation.

L’Etat stimulera également l’accès aux marchés en s’approvisionnant, lorsque les stocks disponibles le permettent, en priorité sur le marché local. A titre d’exemple, 100% des stocks de sécurité de l’Etat seront constitués de productions locales de riz. L’Etat encouragera également ses partenaires au développement à s’approvisionner localement en riz dans le cadre des projets de sécurité alimentaire en cours en Guinée-Bissau (projets de cantines scolaires ou d’aide alimentaire). Par ailleurs, le gouvernement poursuivra ses actions de renforcement de la production locale de riz, actions déjà engagées avec l'appui de la BOAD, dans le cadre du projet de promotion de la riziculture en faveur des jeunes.

iii.           Autres filières agricoles               

Diversifier l’agriculture au-delà des deux filières de base que sont la noix de cajou et le riz représente également un objectif important de la stratégie Guinée-Bissau 2025, ceci aussi bien pour la gestion durable des sols (diversification des usages), le renforcement de la sécurité alimentaire que pour la politique d’autonomisation des populations les plus démunies, notamment les femmes.

 

Programme 44 : Élevage.

Des potentiels d’offre et de demande élevés mais une production faible.

L’élevage, handicapé par l’insuffisance des infrastructures et le vol de bétail, ne parvient pas à satisfaire la demande en protéines animales (viande, lait et œufs de consommation). La Guinée-Bissau reste fortement dépendante des importations de viande pour satisfaire la demande domestique. Celle-ci à l’instar des autres pays africains, connaît une croissance forte et régulière, tirée par la démographie et l’urbanisation rapide. La consommation annuelle moyenne de produits d’élevage en Guinée-Bissau serait de l’ordre de 11,3 kg de viande (moyenne sub-saharienne à 13kg/an), 10,8 litres de lait et 13 œufs par habitant. Elle reste donc faible et largement en deçà des préconisations. Pourtant, la Guinée-Bissau dispose d’un important potentiel de production (ressources de pâturages, terres fertiles et eau), propice au développement de filières d’élevage compétitives. Aujourd’hui, l’élevage représente près de 17% du PIB national et environ 32% du PIB agricole, avec une valorisation de l’ordre de 194 milliards de FCFA (recensement 2009). L’élevage extensif (bovins & petits ruminants), pratiqué essentiellement dans les régions de Gabù, Bafatà et Oio, est affecté par l’insuffisance d’aménagement des parcours, des infrastructures d’abreuvement, par l’indisponibilité de pâturages en saison sèche et par le vol de bétail. Ce dernier phénomène revêt un caractère endémique et s'étend jusqu’à la région de Casamance au Sénégal): il constitue un facteur majeur d'insécurité et de conflits, pouvant affecter le développement des filières d'élevage pastoral. Par ailleurs, en dépit de l’importance de son cheptel, la Guinée-Bissau manque de ressources fourragères et de terres propices au développement de cultures, comme le maïs ou le soja, destinées aux filières d’élevage intensif (aviculture et élevage porcin notamment).

L’Ambition de la Guinée-Bissau est de bâtir une offre de protéines animales compétitive et de qualité, grâce au développement de ses filières pastorales (élevage bovin, ovin et caprin) et d’élevage intensif (aviculture, élevage porcin, voire aquaculture). Au-delà de l’objectif d’autosuffisance, la Guinée-Bissau a les atouts clés pour devenir un exportateur régional de produits carnés. La réalisation de l’Ambition, nécessitera pour les filières d’élevage pastoral : (i) une politique résolue de mise en valeur du cheptel bovin, d’exploitation adéquate des importantes ressources de pâturage, notamment grâce à la mise en œuvre de plans de gestion, (ii) la lutte efficace contre les feux de brousse, et l’organisation et la sécurisation des parcours du bétail permettant d’ éviter les conflits agriculteurs / pasteurs, (iii) une couverture adéquate des parcours par des points d’eau et stations d’abreuvement, (iv) un dispositif de suivi vétérinaire et de santé animale (vaccination du cheptel, traitement des maladies animales-épizooties, veille (réseau d'éleveurs formés à la détection de symptômes de maladies, dispositif d’alerte, pratiques de quarantaine). Pour lutter contre le vol de bétail, l'utilisation des nouvelles technologies, puces RFID notamment, serait nécessaire. Cette technologie offre des garanties quant à la traçabilité des produits de l'élevage, et ouvre ainsi des perspectives nouvelles pour l'exportation. Elle peut servir de tremplin pour la mise en place d'une base de données d'identification des bovins et aider à mieux contrôler les crises sanitaires.

Il s’agira également de développer les infrastructures d’abattage avec notamment l’érection d’un centre moderne d’abattage respectant les normes à Bissau, associée à un parc à bétail disposant d’un dispositif de contrôle vétérinaire avant admission. Le développement des filières d’élevage intensif, notamment l’aviculture et l’élevage porcin nécessite une vraie politique de développement, en amont, de filières céréalières et de protéagineux (maïs, soja). Une solution à privilégier pour le développement des filières d’élevage intensif serait d’inciter un opérateur international du secteur privé, spécialisé dans la filière (avicole ou porcine) et maîtrisant la chaîne de valeur, à investir dans l’intégration de toute la filière. Il aurait également en charge l’insertion, la formation et l’encadrement de producteurs Bissau-guinéens, ainsi que le rachat de la production suivant des prix négociés. Il développera en outre l’infrastructure appropriée à la filière (fermes d’élevage, couvoir, abattoir aux normes….).

La Guinée-Bissau appliquera les réglementations régionales et internationales en matière d’élevage et de sécurité alimentaire. Les Autorités veilleront à une application adéquate du dispositif réglementaire régissant les filières d’élevage, ainsi que la sécurité sanitaire des aliments. La promotion de la production locale devra s’accompagner de dispositifs de protection appropriés (ex : taxation des importations de volaille « bas de gamme »). Le cadre réglementaire assurera également la sécurité sanitaire en déployant un plan de lutte contre les maladies animales (ex : épizooties). De plus, la Guinée-Bissau devra se doter d’un dispositif de surveillance épidémiologique pour accompagner le développement de l’ensemble des filières d’élevage, avec un rôle central de veille et de prévention des maladies transmissibles. Le dispositif jouera un rôle clé d’encadrement et de contrôle des filières locales d’élevage et devra être accompagné d’un laboratoire équipé et accrédité, avec un personnel formé et compétent. Il permettra de disposer de capacités d’analyses et de caractérisation de maladies animales, d’un accès à l’information et de conseil sur les mesures de prophylaxie /prévention des maladies, et d’une source de fourniture de vaccins aux éleveurs.

Au-delà de l’aménagement des parcours, le développement de l’élevage passera par un certain nombre d’infrastructures clés. Il faudra développer en priorité des infrastructures d’abreuvement (adossées à des sources d’eau pérennes) permettant au bétail d’accéder à une eau saine. Les régions de Gabú, Bafatá et Oio, principales zones d’élevage, devront être privilégiées dans l’investissement en infrastructures d’abreuvement au regard de l’importance du cheptel dans ces régions et des difficultés d’abreuvement en saison sèche. Il s’agira également d’affecter à ces régions un dispositif de conseil et de suivi vétérinaire, en s’inspirant de modèles d’exercice de ces fonctions par le secteur privé (cf. Sénégal).

Au regard du niveau actuel de maturité des filières d’élevage, les besoins en formation et en renforcement des capacités porteront à la fois sur l’encadrement, le conseil et les capacités techniques des acteurs. Le dispositif comprendra la formation, l’accompagnement et le suivi des porteurs de projets d’insertion dans les différentes filières d’élevage, notamment les filières intensives. Il portera également sur les besoins de formation des ressources humaines dédiées à l’encadrement et au management des filières. Pour faire face aux nombreux besoins, il sera nécessaire de créer un Centre National dédié aux métiers de l’élevage. Outre la formation des producteurs, des transformateurs, des formateurs, et des encadreurs, le Centre abritera un appui conseil à l’insertion dans les filières. Le Centre sera un pôle de préparation et de facilitation de l’insertion dans les filières d’élevage. Il accompagnera les porteurs de projet depuis l’étude de leurs projets jusqu’à la réalisation et le suivi des projets, en passant par l’élaboration de business plan et la recherche de financements.

 

Programme 45 : Horticulture.

Le développement de l’horticulture sera encouragé par l’assistance à la production et à la commercialisation de produits maraîchers. Ceci permettra d’assurer la diversification de l’agriculture hors du cajou, de promouvoir les groupes de femmes, principales actrices de l’horticulture et de promouvoir la diversité alimentaire. Les deux projets clés seront l’aménagement de 500 ha de périmètres maraîchers et l’appui à la protection des fruits et des légumes contre les insectes. La politique d’encouragement de l’horticulture sera facilitée par l’arrachage de plants de cajou et participera à la préservation de la biodiversité. Des actions de renforcement des capacités cibleront les coopératives de femmes qui seront des partenaires privilégiés, notamment pour les achats de cantines scolaires.

c.            Bâtir un secteur pêche durable et à forte valeur ajoutée

Un écosystème riche et sous-exploité.

La Guinée-Bissau est dotée d’un écosystème aquatique riche, peu exploité et profitant peu au pays, avec une exploitation illégale des ressources. Le très large plateau continental (45 000 km²) et la Zone Economique Exclusive (105 000 km²) constituent un environnement riche en ressources halieutiques, relativement préservé, avec un important potentiel d’exploitation de 250 000 à 600 000 tonnes par an (suivant les modes d’évaluation). Les nombreux estuaires et îles, l’abondante mangrove (3 400 km², près de 10% du territoire national) et une riche productivité maritime née de la confluence de remontées d’eaux froide et chaude (upwelling) le long des côtes favorisent une importante productivité et diversité de ressources (plus de 700 espèces halieutique en majorité démersales et pélagiques). Cependant, ces ressources ne profitent pas à la Guinée-Bissau : les captures officielles représentent moins de 30% du potentiel exploitable sur la base du rendement maximal durable. Il existe deux filières de pêche maritime : (i) une filière de pêche artisanale avec des pirogues motorisées impliquant des pêcheurs des pays voisins et capables d’exploiter des ressources pélagiques et démersales dans un large rayon d’action en zone maritime. De faible capacité, elle alimente surtout l’autoconsommation et l’approvisionnement en poisson frais de marchés locaux de proximité, (ii) une filière industrielle portée par des chalutiers congélateurs et des navires usines. Cette filière industrielle est aujourd’hui hors de contrôle des autorités bissau-guinéennes. Ses captures ne débarquent pas en Guinée-Bissau : elles sont traitées et congelées à bord et expédiées directement dans les pays d’origine des navires ou vers les grands marchés internationaux de produits halieutiques (ex. Las Palmas). L’absence de dispositif de contrôle du territoire maritime de la Guinée-Bissau constitue un terreau favorable à cette pêche illicite non déclarée et non réglementée (INN), dont le poids est évalué à environ 40 000 tonnes, soit un tiers des captures officielles.

Par ailleurs, la Guinée-Bissau dispose de grands atouts pour le développement de l’aquaculture. Ses écosystèmes incluent deux grands fleuves transfrontaliers (le fleuve Geba depuis le Sénégal et le fleuve Corubal depuis la Guinée Conakry), plusieurs fleuves nationaux (Cacheu, Mansoa, Cumbijã), de nombreux cours d’eau (Rio Grande de Buba et Cacine, etc.), des plans d’eaux douces ou saumâtres, une forte interpénétration de la terre et de la mer et 3 400 km² de mangrove. Ce territoire de très riche biodiversité est propice à un ensemble de production d’espèces halieutiques de grande valeur (poissons et crustacées).

Malgré son potentiel, la grappe pêche de la Guinée-Bissau apparaît ainsi très embryonnaire. Le potentiel du secteur Pêche et aquaculture de la Guinée-Bissau apparaît considérable: la demande mondiale de produits halieutiques est en croissance soutenue (+2,5% par an en moyenne entre 2007 et 2012); la sur-pêche au niveau mondial a entraîné un dépérissement des ressources halieutiques, compen-sée par le développement de l’aquaculture; au plan régional, les petits pélagiques frais et les produits salé-séchés et fumés, qui représentent la source de protéines animales la plus accessible, connaissent une très forte demande dans les pays d’Afrique de l'ouest et du centre. La figure 17, qui illustre le niveau de développement actuel de la grappe Pêche en Guinée-Bissau, montre que le pays ne profite pas encore de ce vaste potentiel. Les « têtes de grappe », qui portent les activités les plus créatrices de valeur, se limitent quasiment à la pêche artisanale. La grande activité économique qui devrait être induite par le débarquement de la pêche industrielle, la transformation dans des usines locales des produits de la pêche et la valorisation des sous-produits (ie production de farine de poisson) est aujourd’hui quasi inexistante. Les « activités de soutien », qui constituent un support essentiel à la compétitivité des « têtes de grappe » sont très peu développées. Il en est de même de l’infrastructure économique de base : aires aménagées de débarquement et de transfor-mation artisanale et industrielle, dispositifs de protection et de contrôle des ressources, chaîne de qualité, dispositifs de formation, existence et capacités des organisations professionnelles, écosystème de services divers.

 

L’ambition de la Guinée-Bissau est de faire de la pêche, un moteur de croissance, créateur de valeur ajoutée locale et d’emplois, et s’inscrivant dans un processus de gestion durable. L’objectif d’ici 2025 est non seulement de doubler la production (250 000 tonnes de captures), mais également de mettre en place les conditions pour qu’une majeure partie de cette production soit débarquée et valorisée sur place. Ainsi, le chiffre d’affaire de la pêche sera multiplié par trois (300 milliards en 2025) et le nombre d’emplois par cinq (100 000 emplois directs et indirects). Pour atteindre cette ambition, un plan Pêche et Aquaculture global sera mis en place, à travers quatre (04) programmes : (i) une gouvernance garantissant la régulation et le contrôle de l’Etat, (ii) la recherche et la certification Qualité, (iii) le développement de la pêche artisanale, et iv) le développement de l’aquaculture.

 


Figure 18 : Grappe pêche actuelle de la Guinée-Bissau
Source : Analyses Performances Group

 

Programme 46 : Renforcement de la gouvernance de la pêche et de l’aquaculture.

La Guinée-Bissau va mettre en place une gouvernance garantissant la régulation et le contrôle par l’Etat de ses ressources halieutiques et aquacoles. Cette politique s’inscrit dans le cadre global de la loi sur le développement durable. Celle-ci sera déclinée dans le cadre réglementaire de la pêche et de l’aquaculture. Il s’agira de définir des règles certes incitatives mais également d’exploitation durable des ressources, et de s’assurer de leur application, à travers une administration assurant pleinement ses missions de connaissance, de contrôle et de régulation. L’Etat définira et veillera au respect de quotas annuels de pêche, par un octroi rigoureux des licences de pêche et un suivi strict des ressources et quantités péchées. Dans ce cadre, la surveillance du territoire maritime de la Guinée-Bissau sera fortement renforcée, à travers des moyens logistiques et humains accrus pour les contrôles en mer et le long des côtes du FISCAP et la mise en place d’un système de surveillance des navires par satellites (VMS). Par ailleurs, les sanctions contre les pêcheurs sans licences seront rigoureusement appliquées, de façon à lutter contre le piratage et les fraudes dans les captures. Par ailleurs, les moyens de collecte des données statistiques de pêcheries seront réorganisés et renforcés, en utilisant les possibilités qu’offrent les technologies de l’information et de la communication. Ce renforcement de la gouvernance et de la maîtrise par l’Etat bissau-guinéen du secteur de la pêche se fera en parfaite complémentarité et cohérence avec les initiatives régionales dans le secteur, telles que le Projet Régional de pêche en Afrique Occidentale (PRAO) , financé par la Banque mondiale, et mis en œuvre par la Commission Sous Régionale des Pêches (CSRP) en Guinée-Bissau.

 

Programme 47 : Recherche et certification.

La bonne gouvernance doit s’appuyer sur une recherche dynamique et une connaissance des ressources halieutiques. La gestion durable des ressources requiert une connaissance approfondie des ressources halieutiques, de leur biologie, des zones, conditions de reproduction (territoires de ponte, frayères) et leur répartition dans le territoire maritime. Cela permet de déterminer les territoires ouverts à la pêche, les durées d’accès à la ressource et les niveaux d’exploitation des différentes pêcheries (quotas d’exploitation annuels) permettant de garantir le renouvellement des ressources. Dans ce cadre, les capacités de la CIPA seront renforcées pour lui permettre de remplir pleinement ses missions. Ainsi, la connaissance de la ressource se fera au travers : (i) de campagnes d’évaluation maritimes et aériennes des stocks, (ii) de campagnes de pêches expérimentales de petits pélagiques et d’études des écosystèmes aquatiques, (iii) de la mise en place d’un système électronique de déclaration des captures pour l’intégralité des agents et de contrôles embarqués. Dans ce cadre, la mise en place d’un système de suivi des bateaux de pêche (balise Argos), éventuellement à négocier et à financer dans le cadre des accords de pêche, constitue une priorité. L’ensemble de ces actions permettra de construire une base de connaissance fiable et de déterminer la périodicité des captures et des « repos biologiques », suivant la biologie des espèces, les niveaux d’effort de pêche par espèce et les types de pêche dans les eaux bissau-guinéennes. La connaissance de la ressource est également essentielle dans le cadre de la négociation d’accords de pêche, non seulement pour la détermination des revenus versés au titre de contreparties à l’accès à la ressource (rente halieutique), mais également pour déterminer la taille des armements à autoriser, les quantités à prélever et les engins de pêche autorisés.

Une politique de certification qualité sera également mise en place pour répondre aux exigences de la filière. La certification qualité constitue de plus en plus un impératif pour l’exportation des produits de la pêche, afin de rassurer les clients sur la provenance et la qualité des aliments. Ainsi, une politique Qualité sera mise en place dans l’ensemble de la filière. Dans ce cadre, le laboratoire d’analyses microbiologiques et chimiques d’Alto Bandim, sera mis aux normes internationales et accrédité.

Le niveau particulièrement faible voire l’absence d’une infrastructure économique de base adéquate et aux normes ne permet pas de faire débarquer une partie de la pêche chalutière sur le territoire Bissau-guinéen permettant l’émergence de filières de transformation locale et d’exportation vers les marchés régionaux et mondiaux.

 

Programme 48 : Développement de la pêche artisanale.

Le développement de la pêche artisanale sera une priorité pour la sécurité alimentaire, l’emploi et la création de valeur ajoutée domestique. La pêche artisanale est aujourd’hui caractérisée par une très grande dispersion des points de débarquements (près de 200 sites au total), avec très peu voire sans aucune infrastructure de débarquement. Dans un premier temps, cinq pôles de débarquement seront aménagés pour la pêche artisanale à Bissau, Cacheu, Bolama Buba, Catio et à l’extrême sud du pays, à Campeane. Ces zones de débarquement seront équipées d’infrastructures de débarquement, de conservation (chambres froides, congélation), et de plateformes de transformation (salage, séchage, fumage, conditionnement), aux normes de salubrité avec un agrément sanitaire. Un dispositif de distribution pour les produits frais sera également développé (véhicules réfrigérés). Par ailleurs, l’usine Afripêche de Bissau sera réhabilitée et équipée de moyens de conservation (congélation, réfrigération, transformation). A terme, le pôle de débarquement de Bissau pourra être inséré à une zone économique spéciale, avec une infrastructure aux normes permettant de faire débarquer une partie de la pêche chalutière sur le territoire bissau-guinéen et de développer la transformation locale et l’exportation vers les marchés régionaux et mondiaux.

 

Programme 49 : Développement de l’aquaculture.

Les investissements privés dans l’aquaculture seront fortement encouragés. Ainsi, le développement de l’aquaculture se fera à travers : (i) l’identification des zones aquacoles les plus favorables (ii) la création d’un Centre de formation aux métiers et techniques de l’aquaculture (pisciculture, « crevetticulture », ostréiculture) qui, en plus d’activités de recherche en collaboration avec des partenariats internationaux, délivrera les formations et l’encadrement comme incubateur de producteurs aquacoles et (iii) la mise en œuvre d’un Projet d’appui au développement de l’aquaculture dont les composantes principales seront l’aménagement d’espaces dédiés (fermes aquacoles), la mise en place d’infrastructures de production adéquates, l’aménagement de bassins d’élevages parentaux, une écloserie pour la production d'alevins. Il abritera également une unité bien équipée pour la formulation et la production d'aliments aquacoles, permettant d’approvisionner des élevages aquacoles individuelles, tout en leur assurant le suivi des exploitations et un encadrement pour le respect des bonnes pratiques, des règles de prophylaxie et des règles de gestion assurant la rentabilité des exploitations.