L’absence d’infrastructures critiques, à commencer par l’énergie, empêche le décollage de l’économie bissau-guinéenne. Les mettre à niveau constitue un impératif. Mais il sera nécessaire d’aller au-delà. L’ambition Guinée-Bissau 2025 nécessite la mise en place d’un vaste programme de développement des infrastructures sur l’ensemble du territoire, et ceci aussi bien dans l’eau, l’électricité, les routes, ports et aéroports, l’habitat et le développement urbain, la connectivité numérique .Quels sont les besoins ? Quels sont ceux qui seront le plus critique pour les moteurs de croissance, pour le développement social ?

Ce chapitre identifie les grands besoins d’infrastructures à l’horizon 2025 et la démarche pour les prioriser et les mettre en œuvre.


 

Bâtir un réseau national moderne de transport multimodal

Des infrastructures et un secteur des transports faiblement développés.

Les infrastructures de transport actuelles de la Guinée-Bissau ne permettent pas de valoriser le vaste potentiel économique du pays. Le réseau routier est peu dense (12,3 km de routes pour 100 km² sur le continent) avec 28% des routes bitumées sur un total de 3 455 km. Le réseau de routes principales reste globalement adéquat et meilleur que la moyenne de l’UEMOA. Cependant, le réseau existant, particulièrement le réseau secondaire et rural, est fortement dégradé, du fait d’une maintenance, d’un entretien et d’une réhabilitation insuffisants et de fréquentes surcharges à l’essieu. Cette dégradation est particulièrement marquée dans le sud du pays, qui devient difficile d’accès durant la saison pluvieuse, rendant difficile l’acheminement de la production agricole des zones de forte production (Quinara, Tombali) vers les zones de consommation et d’exportation (Bissau notamment). Le port de Bissau, qui assure 85% des exportations et 90% des importations du pays, est peu performant. Il dépasse de 300% ses capacités annuelles avec des équipements surexploités et vieillissants. L’accès au port est rendu difficile par l’absence de maintenance, de dragage de chenaux et d’outils adéquats. En dépit de ces lacunes et de la faible qualité du service, les coûts des opérations portuaires à Bissau sont parmi les plus élevés de la sous-région, ainsi que le montre la figure 8.


Figure 7 : Coûts des opérations portuaires en Afrique de l’Ouest – (USD)
Source : Analyses Performances Group 

 

Les moyens de transport sont insuffisamment développés. La Guinée-Bissau dispose d’un seul aéroport international, qui fonctionne en deçà de ses capacités. Il nécessite des travaux de rénovation et une amélioration du service. Quelques aérodromes existent à l’intérieur du pays, mais nécessitent également des travaux de rénovation et de mise à niveau, en particulier à Cufar et Bubaque. Ces travaux permettront d’appuyer, entre autres, le développement d’une activité touristique dans les îles Bijagós. La grande partie des villes sont accessibles par voie maritime et fluviale mais ces voies d’accès sont encore inexploitées ou abandonnées, particulièrement dans le sud. Au-delà des infrastructures, le secteur des transports reste faiblement développé. Le parc de véhicule est très vieux (90% des véhicules ont plus de 10 ans) et la capitale, Bissau, ne possède pas de système de transport public officiel.

Bâtir en dix ans un réseau national moderne de transport multimodal.

Le développement de l’ensemble du territoire bissau-guinéen rend indispensable un réseau national moderne de transport multimodal. La Guinée-Bissau dispose d’un potentiel économique important sur l’ensemble de son territoire. Ainsi, la vision 2025 prévoit le développement de neuf pôles économiques répartis sur l’ensemble du pays et s’appuyant sur la valorisation de son potentiel agricole et agro-industriel, halieutique, touristique et minier. La construction de cette nouvelle carte économique suppose cependant le développement d’un réseau national d’infrastructures modernes pour relier les différents pôles et interconnecter les zones de production à celles de transformation, de commercialisation ou d’exportation. Ce réseau d’infrastructures permettra également de renforcer les échanges commerciaux de la Guinée-Bissau avec les marchés régionaux, notamment la Guinée-Conakry, le Mali et le Sénégal. Il favorisera enfin le développement de services de transport performants, au service des populations urbaines et rurales de la Guinée-Bissau.

Ce nouveau réseau d’infrastructures sera structuré autour de cinq principaux corridors de développement. Un premier corridor qui traversera le pays d’ouest en est, reliera la capitale Bissau à Bafatá, Gabú et aux pays frontaliers de la Guinée et du Mali. Bafatá sera relié par un deuxième corridor au Sud du Sénégal, qui facilitera l’accès au marché régional de Diaobé. Gabú sera également desservi par un corridor du nord-est vers le sud-est de la Guinée, le reliant ainsi au Sénégal et à la Guinée. Un troisième corridor de Bissau en passant par Farim vers le Sénégal permettra également de rallier le marché de Diaobé, mais également de transporter les phosphates de Farim vers le port de Bissau. Un quatrième corridor reliera Bissau à la Casamance au sud-ouest du Sénégal en passant vers Cacheu. Enfin, un cinquième corridor reliera Bissau, Bolama, Buba et Cacine et sera également joint au premier corridor permettant ainsi de désenclaver le sud du pays. Ce réseau fera donc la jonction entre les principales villes, les principaux aéroports et aérodromes et les régions frontalières du Sénégal et de la Guinée et le Mali. Le réseau fluvial et maritime permettra de relier les villes de la façade ouest du pays ainsi que les îles Bijagós. Deux programmes permettront de bâtir ce nouveau réseau d’infrastructures.


Figure 8 : Principaux corridors de la Guinée-Bissau (projets)
Source : Analyses Performances Group 

Programme 18 : Réformes et renforcement institutionnel du secteur des transports.

Des réformes institutionnelles favoriseront le développement des services de transport sur l’ensemble du territoire. Le développement des infrastructures et des services de transport en Guinée-Bissau passe par la mise en place des réformes adéquates. Ainsi, un cadre incitatif devra être défini pour les Partenariats Publics Privés, pour favoriser le développement de grosses infrastructures de transport (autoroutes, ports, aéroports…). De même, le cadre des affaires doit encourager les investissements privés dans le secteur des transports, et favoriser une offre diversifiée de services de transport privés (routiers, aériens, fluvio-maritimes). Enfin, les politiques devront favoriser la sécurité et la sûreté des transports et être harmonisées avec les règles en matière de libre circulation des biens et des personnes au sein des communautés régionales dont la Guinée-Bissau est membre (UEMOA /CEDEAO). Dans ce cadre, des études réalisées avec l’appui des partenaires au développement ont déjà permis d’identifier une série de réformes nécessaires. Il s’agira ici de les mettre en œuvre de façon diligente, en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés. De même, les capacités institutionnelles du pays dans le secteur des transports devront être renforcées. La Direction Générale des Routes et Transports Terrestres sera ainsi réformée et le suivi statistique du secteur renforcé. De même, la mise en œuvre du schéma directeur des infrastructures de transport constituera un vaste chantier, qui devra être pris en charge par les structures adéquates, notamment des agences dédiées.

 

Programme 19 : Mise en œuvre du schéma directeur des infrastructures de transport.

Un important programme de développement routier sera réalisé selon les priorités définies dans le cadre du schéma directeur des infrastructures de transport. La Guinée-Bissau doit bâtir dans les dix prochaines années ses corridors de développement, à savoir les infrastructures routières, maritimes, ferroviaires qui permettront de relier de façon optimale les 9 pôles économiques entre eux, et avec les principaux marchés extérieurs. L’encadré 01 montre une série de projets prioritaires qui ont déjà été définis, aussi bien d’infrastructures routières, que de pistes rurales, terminaux de voyageurs et transport public urbain à Bissau ou d’ouvrages d’art (ponts, viaducs, tunnels, digues, quais…). De même, des actions seront mises en place pour renforcer la gestion du Port de Bissau (concession de gestion), le moderniser avec de nouveaux équipements, planifier et réaliser son extension et améliorer ses voies d’accès avec des dragages plus réguliers. Les possibilités d’extension du Port de Bissau étant limitées, des études seront réalisées en vue de la construction de nouveaux ports, à Pikil et Buba. Par ailleurs, Un guichet unique du commerce extérieur sera mis en place pour un traitement électronique des autorisations, permis, certificats ou autres documents douaniers par les organismes compétents de l'État, facilitant et fluidifiant ainsi les opérations d'importation et d'exportation. Les voies fluviomaritimes de navigation et les infrastructures portuaires de cabotage national seront également réhabilitées. Pour fluidifier le trafic aérien et se doter de voies d’accès internationales plus performantes, les capacités aéroportuaires seront renforcées, éventuellement si les études confirment sa faisabilité par la construction d’un nouvel aéroport. Le schéma directeur des transports permettra d’identifier et de planifier l’ensemble de ces investissements, ainsi que les autres projets et investissements requis. L’Etat bissau-guinéen veillera à sa pleine mise en œuvre, avec l’appui de l’ensemble de ses partenaires.

Principaux projets pour le développement du transport routier en Guinée-Bissau

Dans le cadre du schéma directeur, des études seront lancées pour la construction de différentes infrastructures routières sur la base des besoins déjà identifiés par les autorités bissau-guinéennes et des perspectives de développement économique du pays.

Projet 1 : Réhabiliter et renforcer le réseau routier national
Projet 2 : Réhabiliter et construire des pistes rurales
Projet 3 : Construire des terminaux de voyageurs
Projet 4 : Développer les transports publics à Bissau
Projet 5 : Assurer la sécurité et la sûreté des transports routiers (signalisation, centre de contrôle, contrôles routiers, etc.)

 


 

Garantir une offre accessible et de qualité en énergie et en eau

Une situation énergétique critique qui étouffe la compétitivité et la croissance.

Les défaillances structurelles du secteur de l’électricité résultent d’une conjonction de plusieurs facteurs. La situation énergétique de la Guinée-Bissau est très critique, avec un secteur électrique structurellement défaillant, qui obère sa compétitivité et ternit l’image du pays auprès des investisseurs. Aussi bien la performance opérationnelle de l’opérateur historique (EAGB) que les orientations politiques, notamment celles relatives à la structuration du cadre sectoriel, font défaut. Sur le plan opérationnel, EAGB fait face à deux principaux défis : sa mauvaise performance économique et financière et son manque de performance technique. Les difficultés économiques et financières d’EAGB découlent de plusieurs facteurs : (i) un niveau élevé des coûts de production, avec un parc de production dominé par le DO et des tarifs pouvant aller jusqu’à 492 FCFA/kWh, (ii) la non maîtrise de la clientèle, couplée à l’inefficacité de la facturation avec des taux de recouvrement très faibles, (iii) la prédominance des pertes commerciales estimées à 50% et dues, entre autres, aux multiples branchements clandestins et à l’absence de systèmes de comptage chez tous les usagers, (iv) le niveau élevé de l’endettement et la prégnance d’une culture interne inadaptée, avec des vols de combustible organisés au sein de l’entreprise. Les contraintes techniques, quant à elles, portent aussi bien sur la production que le transport. Du côté de la production, les difficultés se manifestent par un important déséquilibre entre l’offre et la demande (respectivement 5,5 MW vs 40 MW), la faible disponibilité des installations (5,5 MW de puissance assignée sur 11 MW de puissance installée), le niveau élevé de la demande latente avec près de 30 MW pris en charge en autoproduction par des groupes électrogènes, et la non maîtrise de la demande d’énergie. Le transport, quant à lui, est caractérisé par la sous-capacité du réseau électrique qui est sous-dimensionné, la concentration dans la région de Bissau, l’importance des pertes techniques, et l’inadaptation aux interconnexions qui requiert une mise à niveau des infrastructures. Au niveau institutionnel, contrairement à ce qu’on observe dans les pays de référence, il n’existe pas en Guinée-Bissau un régulateur du secteur de l’électricité et le cadre réglementaire ne favorise pas l’émergence d’une production privée indépendante.

Un accès encore trop faible à l’eau et l’assainissement.

En Guinée-Bissau, l’accès à l’eau et à l’assainissement est encore très faible en ville comme dans les milieux ruraux. Une petite partie de la population est reliée au réseau public, et la majorité doit s'approvisionner auprès de fontaines et de puits publics peu salubres. Ainsi,près de 50% de la population rurale ne dispose pas d’eau potable. L’absence de plan directeur d’assainissement entraîne une insuffisance des réseaux de drainage des eaux de ruissellement, une absence de réseaux d’égouts et une inadaptation des ouvrages d’assainissement individuel : 33% de la population urbaine disposent de formes améliorées d’assainissement, et seulement 8% dans les zones rurales.

D’ici 2020, développer l’offre et lever ce goulot d’étranglement.

Garantir aux populations l’accès universel à l’eau potable, aux services d’assainissement et à l’électricité constitue un des axes majeurs de la stratégie de développement social de la Guinée-Bissau. Le pays doit faire face d’une part à la forte demande aujourd’hui non satisfaite, d’autre part à une croissance accélérée de la demande résultant de la nouvelle dynamique de développement. La poursuite de la tendance actuelle conduira à une demande d’environ 70 MW en 2020 (sur la base d’une augmentation de 7% de la demande annuelle). Par ailleurs, les projets prévus dans la stratégie Guinée-Bissau 2025 (mine de Farim, industries agro-alimentaires, zone économique spéciale de Bissau, zone touristique des Bijagos…) ne pourront se réaliser sans une offre énergétique additionnelle compétitive. Ainsi, l’ambition pour répondre à cette demande est d’atteindre une production de 100MW en 2020. L’accès à l’eau devra également être fortement généralisé. ,Pour ce faire, quatre programmes seront mis en oeuvre d’ici 2020 : (i) les réformes et le renforcement institutionnel du secteur de l'électricité et de l'eau, (ii) la production additionnelle de 90 MW, dans le cadre du schéma directeur Energie, (iii) le renforcement de l’accès par la réhabilitation et le développement des réseaux d’eau et d’électricité et (iv) le développement de la production d’eau, dans le cadre du schéma directeur Eau. Ces quatre programmes sont présentés ci-après.

 

Programme 20 : Réformes et renforcement institutionnel du secteur de l'électricité et de l'eau.

Les réformes et le renforcement institutionnel du secteur de l'électricité et de l'eau se feront à travers trois projets : (i) l’actualisation du cadre réglementaire et institutionnel de l'électricité, (ii) la réforme du cadre institutionnel et réglementaire de l'eau et (iii) la restructuration de l'EAGB.

La réforme du secteur de l’électricité en Guinée-Bissau requiert une actualisation du cadre réglementaire et la mise en place d’institutions adaptées. Une nouvelle loi d’orientation sera élaborée, qui portera à minima sur la création d’une commission de régulation, la redéfinition de la gouvernance du secteur, la promotion de la production privée et la création de structurelles opérationnelles chargées de l’exécution des principaux programmes du secteur. La création d’une agence de régulation permettra d’assurer l’équilibre financier du secteur, de veiller aux intérêts des consommateurs et de contrôler le respect des engagements des acteurs du secteur. La promotion de la production privée se fera à travers la définition du statut des acteurs, de leurs modalités d’action et de leurs relations avec l’opérateur EAGB. Les structures opérationnelles ou agences nationales d’exécution auront vocation à porter les programmes de promotion de certaines filières du secteur, telles que les énergies renouvelables, l’électrification des zones rurales ou la maîtrise de l’énergie.

Le cadre institutionnel du secteur de l’eau et de l’assainissement sera également réformé pour permettre une meilleure gestion de la ressource. Ces réformes se feront à travers la modification du rôle de l'État, la mise à jour du cadre légal et une implication accrue des communautés, de la société civile et du secteur privé. Cela passera notamment par la mise en place de structures décentralisées de gestion proches des utilisateurs, la définition des responsabilités et compétences et la formalisation claire des relations entre les diverses institutions intervenant dans le secteur, le développement des capacités nationales de planification, d'organisation, de gestion dans les politiques de l’eau, la déclinaison du cadre légal dans des décrets de mise en œuvre et l'application effective du Code de l’Eau.

L’opérateur d’eau et d’électricité, EAGB, sera entièrement restructuré. Deux réformes majeures sont prévues dans ce cadre. Compte tenu des coûts élevés de production, la mise en place d’un plan de transition vers l’utilisation du HFO comme principal combustible du parc thermique constitue une priorité absolue. Ensuite, le passage à une gestion assurée par un opérateur privé, tenu par des engagements de performances, apparaît également nécessaire. Ce contrat de gestion permettra de prendre en charge la rationalisation des charges de la société, la réduction des pertes, la restructuration des dettes, la planification des investissements et l’optimisation des activités portées en interne par le recours à de la sous-traitance sur certaines fonctions spécifiques telles que l’exploitation et la maintenance (O&M), la gestion de la trésorerie (Cash Management), la facturation et la collecte.

 

Programme 21 : Mise en œuvre du schéma directeur Energie - projets de production.

La satisfaction de la demande d’énergie nationale exige le déploiement d’un ambitieux plan de développement de la production. Ainsi, la Guinée-BIssau prévoit un développement significatif de sa production d’ici 2020, à travers 4 principaux projets : les les barrages hydroélectriques de Kaleta, Sambangalou (projets OMVG, minimum 9 et 18 MW) et Saltinho (86 MW), de nouvelles centrales thermiques au fuel lourd (+20 MW), une centrale photovoltaïque (+10 MW), 4 projets de micro hydraulique et biomasse énergie (minimum +10 MW) et enfin une meilleure maîtrise de l’énergie (effacement de 3 MW). Ce schéma de développement est illustré en figure 7.

 


Figure 9 : Schéma directeur prévisionnel de développement des capacités de production à l'horizon 2020 en Guinée-Bissau
Source : Analyses Performances Group 

Programme 22 : Mise en œuvre du schéma directeur Eau - projets de production.

Les Autorités, en partenariat avec les partenaires techniques et financiers, vont mettre en œuvre le schéma directeur visant à développer les infrastructures ’eau et d’assainissement dans les grandes villes et à démocratiser l’accès individuel à l’eau et aux servies d’assainissement en zones périurbaines et en milieux ruraux pauvres. L’atteinte de ces objectifs, notamment au profit des populations pauvres, impliquera la mise en œuvre (i) d’un programme eau, assainissement et hygiène, (ii) d’un programme de réhabilitation et de renforcement des infrastructures hydrauliques rurales, et (iii) de nouveaux projets identifiés dans le cadre du schéma directeur. La réhabilitation et le renforcement des infrastructures hydrauliques rurales permettront d’appuyer l’hydraulique agropastorale. Ainsi, la maîtrise du captage, du stockage et de la distribution de l’eau sera améliorée afin de répondre de façon adéquate aux besoins des populations et des secteurs agricole et pastoral.

 

Programme 23 : Réhabilitation et renforcement des réseaux d’eau et d’électricité

Le développement des capacités de production et les projets de réhabilitation seront accompagnés d’une mise à niveau du réseau de distribution pour améliorer l’accès à l’électricité. Les autorités mettront en œuvre plusieurs projets pour permettre l’évacuation de l’énergie des centres de production vers les usagers et garantir l’accès à une offre énergétique de qualité notamment : (i) l’amélioration du service d'électricité dans la ville de Bissau, (ii) l'installation de kits solaires et d'éclairage public, et (iii) l’électrification des zones rurales. De même, le fonctionnement des infrastructures urbaines d’électricité sera amélioré dans le cadre du projet multisectoriel de réhabilitation des infrastructures. La seconde composante de ce projet, financé par la Banque Mondiale, est principalement axée sur la restauration et la réhabilitation à bref délai des infrastructures de production et de distribution d’électricité. Par ailleurs, plusieurs projets permettront d'accroître l’accès des populations à l’eau potable et à l’assainissement. Ainsi, le soutien à l’accès à l’eau en milieu rural s’effectuera par la réalisation de 100 forages équipés de pompes à mécanisation hydrauliques (PMH) dans diverses localités et par l’appui au développement de la commune de Quinara-Tombali. Pour inscrire l’accès à l’électricité et à l’eau dans le développement durable des territoires ruraux, les Autorités soutiendront la mise en œuvre de projets mixtes adressant les deux secteurs. Dans ce cadre, un projet d'urgence pour l'amélioration des services d'eau et d'électricité sera déployé et un projet d'appui au secteur de l'eau et à l'énergie solaire et hydraulique sera mis en place.


 

Généraliser l’usage des technologies de l’information et de la communication

Le numérique est un accélérateur du développement.

Le passage à l’économie numérique, essentielle à l’émergence de la Guinée-Bissau, reste confronté à des défis liés aux infrastructures. A l’ère de la révolution du numérique et de la mondialisation, le développement d’un pays passe par l'intégration massive du numérique dans tous les processus culturels, économiques et sociaux. C’est pourquoi, il revient à l’État de jouer le rôle primordial pour mettre en place les conditions d'un environnement propice au développement du numérique, permettant une forte implication des acteurs de la société civile et du secteur privé, afin que ces derniers investissent, opèrent dans de bonnes conditions et mettent en place des services accessibles à toutes les couches de la population. Cependant, la situation spécifique de la Guinée-Bissau renforce les défis, notamment (i) le déficit d’une énergie électrique de qualité qui augmente les charges d’exploitations et renchérit les tarifs pour les usagers, (ii) l’absence de point d’atterrissement de câbles sous-marins, qui limite fortement l’accès au haut débit, les options disponibles de passage par les pays limitrophes n’offrant que de faibles capacités de trafic, (iii) la non effectivité de la mutualisation des infrastructures existantes par les opérateurs, et (iv) la faiblesse, voire la faillite de l’opérateur historique, dont les diverses tentatives de renflouement ou de privatisation n’ont pas encore abouti au résultat escompté. Cependant, au vu des potentialités économiques remarquables, cette situation à priori difficile peut être transformée en atout, car il est possible de capitaliser sur les expériences des autres pays pour adopter directement les solutions les plus performantes et combler plus rapidement le « fossé numérique». A terme, l’économie numérique sera essentielle pour le développement de la Guinée-Bissau. Le numérique permettra de renforcer l’attractivité du pays vis-à-vis des IDE, de créer de nouveaux emplois, d’améliorer la délivrance de services vitaux tels que l’éducation, la santé, la justice et de permettre un accès plus facile et plus équitable aux services de l'administration.

La Guinée-Bissau disposera, à l’horizon 2025, d’une infrastructure moderne de télécommunications et tirera profit des avancées de l’économie numérique. L’économie sera connectée aux marchés régionaux et internationaux. Il s’agira de faire du numérique un service universel, au même titre que l’eau et l’électricité, et par là un levier central de la transformation du pays. Dans ce cadre, trois programmes seront mises en place.

 

Programme 24 : Réformes et renforcement institutionnel du secteur numérique.

Un cadre favorable au développement des infrastructures numériques et du secteur privé sera mis en place. La nouvelle ambition de la Guinée-Bissau dans le secteur numérique suppose l’instauration d’un environnement numérique de confiance, propice à la promotion de solutions répondant aux besoins des citoyens et des acteurs économiques. Cela passera par des réformes institutionnelles, notamment la mise en place d’un cadre institutionnel et réglementaire favorable au secteur privé, incitant à un développement significatif des infrastructures sur l’ensemble du territoire, notamment dans le haut débit et garantissant une saine concurrence dans la fourniture des services. Dans ce cadre, l’opérateur historique des télécommunications sera privatisé et l’agence de régulation des télécommunications sera renforcée.

 

Programme 25 : Développement des infrastructures numériques de base.

La disponibilité des infrastructures numériques de base permettra à la Guinée-Bissau d’accéder à des services de télécommunications de large capacité, essentiels à l’émergence d’une économie moderne et compétitive. Les infrastructures numériques actuelles sont très limitées et empêchent l’éclosion du secteur. Pour rénover la capacité numérique physique de la Guinée-Bissau, un accès aux câbles sous-marins sera développé après l’étude technique et la définition du modèle d’affaires. Les Autorités planifieront et réaliseront un réseau national en fibre optique terrestre, adossé au réseau de télécommunications (antennes BTS…). Le déploiement du réseau de fibre optique terrestre (backbone national) se réalisera conjointement avec celui du réseau électrique afin d’optimiser les coûts et de créer des synergies dans l’exploitation et la maintenance des réseaux. La couverture du territoire en services de télécommunication sera pilotée par une « Tower Company », société propriétaire et opératrice des réseaux et infrastructures de télécommunications filaires et sans-fil (antennes BTS, fibre optique, WIMAX…). Cette société sera érigée dans le cadre d’un partenariat public-privé entre l’Etat et les opérateurs de télécommunications présents en Guinée-Bissau. Enfin, à l’échelle de l’UEMOA, une transition de l’analogique vers le numérique pour la télévision est cours, dans l’ambition de concrétiser sur toute la région la Télévision Numérique Terrestre (TNT) avant juin 2015. Par ailleurs, les infrastructures d'observation météorologiques seront réhabilitées.

 

Programme A : Promotion des usages des TIC.

La Guinée-Bissau mènera une politique volontariste de baisse du coût des facteurs et des tarifs. Le but est de promouvoir l’usage massif du numérique, de favoriser la création d’entreprises et d'accroître la productivité, notamment dans les filières principales qui portent la croissance économique du pays. Si elles sont adoptées et valorisées rapidement et à grande échelle, les TIC recèlent un potentiel considérable de création de valeur. Elles permettront par ailleurs de suivre les évolutions météorologiques, en élaborant un système de diffusion de bulletins météorologiques.


 

Assurer le renouveau urbain et un aménagement équilibré et durable du territoire

Des centres urbains peu développés et dégradés.

Les infrastructures urbaines bissau-guinéennes sont structurellement insuffisantes. Tandis que l’exode rural s’intensifie et que la population de Bissau s'accroît fortement, atteignant près de 25% de la population nationale, la capitale ainsi que les principaux centres urbains continuent de manquer d’équipements fonctionnels. Les infrastructures urbaines sont souvent peu maintenues et la quantité et la qualité de logements demeurent notoirement insuffisantes. En 2009, la ville de Bissau comptait environ 22 000 habitations dont la plupart étaient précaires, avec des installations sanitaires largement déficientes. Pour une population de 375 000 habitants, le déficit en logements à Bissau était estimé entre 20 000 et 30 000.

Depuis l’indépendance, le manque d’investissements dans les infrastructures a entraîné la dégradation continue des centres urbains. Peu de politiques urbaines ont été déployées, que ce soit au niveau cadastral, de la conception ou de la mise en œuvre de plans directeurs d’urbanisme. Les entités culturelles telles que bibliothèques, cinémas, centres culturels et musées ont cessé d’exister et les activités culturelles du pays se retrouvent cantonnées à des lieux de fortune équipés de matériel précaire. La réhabilitation et l’entretien de structures datant de l’époque coloniale, telles que le Palais de Bolama, l’Hôpital du 3 Août, ou le Monument aux Martyrs de Pindjiguite demanderaient des budgets conséquents. Des monuments, places ou jardins notoires du patrimoine culturel bissau-guinéen, tels que la « Granja de Pessubé », connue comme le « poumon de Bissau », disparaissent progressivement, remplacés par des constructions modernes. Le pays perd ainsi un patrimoine culturel précieux pour son identité. La planification du développement des villes, le classement du patrimoine immobilier aux monuments historiques, la construction de réseaux d’infrastructures urbaines et de logements, ainsi que l’incitation à l’investissement, seront autant d’axes clés de la politique d’urbanisme et de transformation du pays.

Le Plan stratégique Bissau 2025 prévoit d’ici 2020 quatre programmes pour relancer le développement urbain, notamment : (i) les réformes et le renforcement institutionnel du secteur de l’urbanisme et de l’habitat, (ii) le programme d'urgence de développement intégré de l'archipel des Bijagós, (iii) l’élaboration des schémas directeur d'aménagement urbain des cinq principaux centres urbains et (iv) la promotion de programmes d’habitat et de construction, notamment par le secteur privé.

 

Programme 26 : Réformes et renforcement institutionnel.

Un cadre légal et réglementaire précis sera mis en place pour favoriser un développement urbain à la fois dynamique et cohérent, notamment à travers les codes domanial, du foncier, de l’urbanisme et de l’habitat. De même, les procédures de construction et d’attribution de titres fonciers seront rationalisées, avec un recours accru à l’informatique et au numérique. De même, un fonds autonome d’appui au développement régional sera mis en place.

 

Programme 27 : Programme d'urgence de développement intégré de l'archipel des Bijagós.

L’archipel des Bijagós fera l’objet d’un programme d’urgence de développement de ses infrastructures. Il lui permettra d’ici 2017 d’offrir aux investisseurs hôteliers et aux touristes les services de santé, de sécurité, de transport, d’énergie ou de télécommunications dont ils auront besoin. Dans ce cadre, l’aéroport de Bubaque sera modernisé et mis aux normes et pourra recevoir directement des vols régionaux, avec des vols réguliers de Bissau, Praia, Dakar, Cap Skirring et Banjul, qui faciliteront l’accès pour la clientèle internationale. De même, un transport intra et inter-îles sera développé en partenariat avec les sites hôteliers. L’accès à une offre d’électricité de qualité nécessitera des investissements spécifiques avec la mise en place de systèmes hybrides décentralisés sur chaque île. Ces systèmes pourraient combiner des installations individuelles privées et publiques (groupes électrogènes) et des systèmes solaires, éoliens ou thermiques à base de biomasse-énergie. Ces systèmes pourront également être mis à profit pour appuyer le développement des infrastructures de télécommunications. L’accès à la santé sera également renforcé, avec la mise en place de plateaux médicaux de qualité, permettant de prendre en charge des soins d’urgence. Un centre de formation professionnelle aux métiers du tourisme y sera créé et permettra de fournir une main-d’œuvre qualifiée aux hôtels, restaurants et autres services touristiques qui s’implanteront dans les Bijagós. Ce centre favorisera également l’insertion professionnelle des populations locales dans le secteur. Par ailleurs, Bolama, ancienne capitale de la Guinée portugaise, et candidate à l’inscription au Patrimoine UNESCO de l’humanité, fera l’objet d’une redynamisation économique (tourisme, pêche artisanale, cajou) et d’un véritable renouveau urbain, architectural et culturel.

 

Programme 28: Schémas directeurs d’aménagement urbain.

Ces schémas directeurs fixeront les orientations stratégiques pour les villes de Bissau, Cacheu, Bolama, Bafatá, et Buba (prioritaires dans cette première phase) et détermineront, sur le long terme, la destination générale des sols. Ils permettront aussi de coordonner les programmes locaux d'urbanisation avec la politique nationale d'aménagement du territoire. Ces schémas directeurs incluront notamment des provisions pour la mise en place d’infrastructures d’habitat, de circulation urbaine, de connectivité numérique, et de transport; des initiatives favorisant l’éducation et la formation, le tourisme, l’implantation du secteur tertiaire, et les activités commerciales urbaines; des espaces dédiés aux bureaux administratifs et à l'événementiel urbain, ainsi que des parcs industriels dans les pôles économiques.

 

Programme 29 : Habitat et construction.

L’Etat bissau-guinéen encouragera fortement le développement par le secteur privé de programmes de logements, répondant aux besoins des différentes catégories de la population. Dans ce cadre, des solutions de financement à long terme pour l’habitat social seront proposées, pour faciliter l’accès au logement des couches de populations à revenus moyens ou faibles. De même, un programme de travaux publics à forte intensité de main d’œuvre (HIMO)/AGETIP permettra d’accélérer la rénovation urbaine et de créer de l’emploi pour les jeunes. L’ensemble de ces initiatives devrait favoriser la mise en place d’une filière habitat et construction dynamique, capable d’accompagner la reconstruction du pays et fortement pourvoyeuse d’emplois et de revenus.