Garantir une offre accessible et de qualité en énergie et en eau

Une situation énergétique critique qui étouffe la compétitivité et la croissance.

Les défaillances structurelles du secteur de l’électricité résultent d’une conjonction de plusieurs facteurs. La situation énergétique de la Guinée-Bissau est très critique, avec un secteur électrique structurellement défaillant, qui obère sa compétitivité et ternit l’image du pays auprès des investisseurs. Aussi bien la performance opérationnelle de l’opérateur historique (EAGB) que les orientations politiques, notamment celles relatives à la structuration du cadre sectoriel, font défaut. Sur le plan opérationnel, EAGB fait face à deux principaux défis : sa mauvaise performance économique et financière et son manque de performance technique. Les difficultés économiques et financières d’EAGB découlent de plusieurs facteurs : (i) un niveau élevé des coûts de production, avec un parc de production dominé par le DO et des tarifs pouvant aller jusqu’à 492 FCFA/kWh, (ii) la non maîtrise de la clientèle, couplée à l’inefficacité de la facturation avec des taux de recouvrement très faibles, (iii) la prédominance des pertes commerciales estimées à 50% et dues, entre autres, aux multiples branchements clandestins et à l’absence de systèmes de comptage chez tous les usagers, (iv) le niveau élevé de l’endettement et la prégnance d’une culture interne inadaptée, avec des vols de combustible organisés au sein de l’entreprise. Les contraintes techniques, quant à elles, portent aussi bien sur la production que le transport. Du côté de la production, les difficultés se manifestent par un important déséquilibre entre l’offre et la demande (respectivement 5,5 MW vs 40 MW), la faible disponibilité des installations (5,5 MW de puissance assignée sur 11 MW de puissance installée), le niveau élevé de la demande latente avec près de 30 MW pris en charge en autoproduction par des groupes électrogènes, et la non maîtrise de la demande d’énergie. Le transport, quant à lui, est caractérisé par la sous-capacité du réseau électrique qui est sous-dimensionné, la concentration dans la région de Bissau, l’importance des pertes techniques, et l’inadaptation aux interconnexions qui requiert une mise à niveau des infrastructures. Au niveau institutionnel, contrairement à ce qu’on observe dans les pays de référence, il n’existe pas en Guinée-Bissau un régulateur du secteur de l’électricité et le cadre réglementaire ne favorise pas l’émergence d’une production privée indépendante.

Un accès encore trop faible à l’eau et l’assainissement.

En Guinée-Bissau, l’accès à l’eau et à l’assainissement est encore très faible en ville comme dans les milieux ruraux. Une petite partie de la population est reliée au réseau public, et la majorité doit s'approvisionner auprès de fontaines et de puits publics peu salubres. Ainsi,près de 50% de la population rurale ne dispose pas d’eau potable. L’absence de plan directeur d’assainissement entraîne une insuffisance des réseaux de drainage des eaux de ruissellement, une absence de réseaux d’égouts et une inadaptation des ouvrages d’assainissement individuel : 33% de la population urbaine disposent de formes améliorées d’assainissement, et seulement 8% dans les zones rurales.

D’ici 2020, développer l’offre et lever ce goulot d’étranglement.

Garantir aux populations l’accès universel à l’eau potable, aux services d’assainissement et à l’électricité constitue un des axes majeurs de la stratégie de développement social de la Guinée-Bissau. Le pays doit faire face d’une part à la forte demande aujourd’hui non satisfaite, d’autre part à une croissance accélérée de la demande résultant de la nouvelle dynamique de développement. La poursuite de la tendance actuelle conduira à une demande d’environ 70 MW en 2020 (sur la base d’une augmentation de 7% de la demande annuelle). Par ailleurs, les projets prévus dans la stratégie Guinée-Bissau 2025 (mine de Farim, industries agro-alimentaires, zone économique spéciale de Bissau, zone touristique des Bijagos…) ne pourront se réaliser sans une offre énergétique additionnelle compétitive. Ainsi, l’ambition pour répondre à cette demande est d’atteindre une production de 100MW en 2020. L’accès à l’eau devra également être fortement généralisé. ,Pour ce faire, quatre programmes seront mis en oeuvre d’ici 2020 : (i) les réformes et le renforcement institutionnel du secteur de l'électricité et de l'eau, (ii) la production additionnelle de 90 MW, dans le cadre du schéma directeur Energie, (iii) le renforcement de l’accès par la réhabilitation et le développement des réseaux d’eau et d’électricité et (iv) le développement de la production d’eau, dans le cadre du schéma directeur Eau. Ces quatre programmes sont présentés ci-après.

 

Programme 20 : Réformes et renforcement institutionnel du secteur de l'électricité et de l'eau.

Les réformes et le renforcement institutionnel du secteur de l'électricité et de l'eau se feront à travers trois projets : (i) l’actualisation du cadre réglementaire et institutionnel de l'électricité, (ii) la réforme du cadre institutionnel et réglementaire de l'eau et (iii) la restructuration de l'EAGB.

La réforme du secteur de l’électricité en Guinée-Bissau requiert une actualisation du cadre réglementaire et la mise en place d’institutions adaptées. Une nouvelle loi d’orientation sera élaborée, qui portera à minima sur la création d’une commission de régulation, la redéfinition de la gouvernance du secteur, la promotion de la production privée et la création de structurelles opérationnelles chargées de l’exécution des principaux programmes du secteur. La création d’une agence de régulation permettra d’assurer l’équilibre financier du secteur, de veiller aux intérêts des consommateurs et de contrôler le respect des engagements des acteurs du secteur. La promotion de la production privée se fera à travers la définition du statut des acteurs, de leurs modalités d’action et de leurs relations avec l’opérateur EAGB. Les structures opérationnelles ou agences nationales d’exécution auront vocation à porter les programmes de promotion de certaines filières du secteur, telles que les énergies renouvelables, l’électrification des zones rurales ou la maîtrise de l’énergie.

Le cadre institutionnel du secteur de l’eau et de l’assainissement sera également réformé pour permettre une meilleure gestion de la ressource. Ces réformes se feront à travers la modification du rôle de l'État, la mise à jour du cadre légal et une implication accrue des communautés, de la société civile et du secteur privé. Cela passera notamment par la mise en place de structures décentralisées de gestion proches des utilisateurs, la définition des responsabilités et compétences et la formalisation claire des relations entre les diverses institutions intervenant dans le secteur, le développement des capacités nationales de planification, d'organisation, de gestion dans les politiques de l’eau, la déclinaison du cadre légal dans des décrets de mise en œuvre et l'application effective du Code de l’Eau.

L’opérateur d’eau et d’électricité, EAGB, sera entièrement restructuré. Deux réformes majeures sont prévues dans ce cadre. Compte tenu des coûts élevés de production, la mise en place d’un plan de transition vers l’utilisation du HFO comme principal combustible du parc thermique constitue une priorité absolue. Ensuite, le passage à une gestion assurée par un opérateur privé, tenu par des engagements de performances, apparaît également nécessaire. Ce contrat de gestion permettra de prendre en charge la rationalisation des charges de la société, la réduction des pertes, la restructuration des dettes, la planification des investissements et l’optimisation des activités portées en interne par le recours à de la sous-traitance sur certaines fonctions spécifiques telles que l’exploitation et la maintenance (O&M), la gestion de la trésorerie (Cash Management), la facturation et la collecte.

 

Programme 21 : Mise en œuvre du schéma directeur Energie - projets de production.

La satisfaction de la demande d’énergie nationale exige le déploiement d’un ambitieux plan de développement de la production. Ainsi, la Guinée-BIssau prévoit un développement significatif de sa production d’ici 2020, à travers 4 principaux projets : les les barrages hydroélectriques de Kaleta, Sambangalou (projets OMVG, minimum 9 et 18 MW) et Saltinho (86 MW), de nouvelles centrales thermiques au fuel lourd (+20 MW), une centrale photovoltaïque (+10 MW), 4 projets de micro hydraulique et biomasse énergie (minimum +10 MW) et enfin une meilleure maîtrise de l’énergie (effacement de 3 MW). Ce schéma de développement est illustré en figure 7.

 


Figure 9 : Schéma directeur prévisionnel de développement des capacités de production à l'horizon 2020 en Guinée-Bissau
Source : Analyses Performances Group 

Programme 22 : Mise en œuvre du schéma directeur Eau - projets de production.

Les Autorités, en partenariat avec les partenaires techniques et financiers, vont mettre en œuvre le schéma directeur visant à développer les infrastructures ’eau et d’assainissement dans les grandes villes et à démocratiser l’accès individuel à l’eau et aux servies d’assainissement en zones périurbaines et en milieux ruraux pauvres. L’atteinte de ces objectifs, notamment au profit des populations pauvres, impliquera la mise en œuvre (i) d’un programme eau, assainissement et hygiène, (ii) d’un programme de réhabilitation et de renforcement des infrastructures hydrauliques rurales, et (iii) de nouveaux projets identifiés dans le cadre du schéma directeur. La réhabilitation et le renforcement des infrastructures hydrauliques rurales permettront d’appuyer l’hydraulique agropastorale. Ainsi, la maîtrise du captage, du stockage et de la distribution de l’eau sera améliorée afin de répondre de façon adéquate aux besoins des populations et des secteurs agricole et pastoral.

 

Programme 23 : Réhabilitation et renforcement des réseaux d’eau et d’électricité

Le développement des capacités de production et les projets de réhabilitation seront accompagnés d’une mise à niveau du réseau de distribution pour améliorer l’accès à l’électricité. Les autorités mettront en œuvre plusieurs projets pour permettre l’évacuation de l’énergie des centres de production vers les usagers et garantir l’accès à une offre énergétique de qualité notamment : (i) l’amélioration du service d'électricité dans la ville de Bissau, (ii) l'installation de kits solaires et d'éclairage public, et (iii) l’électrification des zones rurales. De même, le fonctionnement des infrastructures urbaines d’électricité sera amélioré dans le cadre du projet multisectoriel de réhabilitation des infrastructures. La seconde composante de ce projet, financé par la Banque Mondiale, est principalement axée sur la restauration et la réhabilitation à bref délai des infrastructures de production et de distribution d’électricité. Par ailleurs, plusieurs projets permettront d'accroître l’accès des populations à l’eau potable et à l’assainissement. Ainsi, le soutien à l’accès à l’eau en milieu rural s’effectuera par la réalisation de 100 forages équipés de pompes à mécanisation hydrauliques (PMH) dans diverses localités et par l’appui au développement de la commune de Quinara-Tombali. Pour inscrire l’accès à l’électricité et à l’eau dans le développement durable des territoires ruraux, les Autorités soutiendront la mise en œuvre de projets mixtes adressant les deux secteurs. Dans ce cadre, un projet d'urgence pour l'amélioration des services d'eau et d'électricité sera déployé et un projet d'appui au secteur de l'eau et à l'énergie solaire et hydraulique sera mis en place.