Pour offrir à tous ses citoyens des conditions propices et des opportunités accessibles de création de richesses, la Guinée-Bissau doit réussir à préserver durablement son riche capital naturel et à le valoriser. Ce chapitre décrit dans ce cadre les enjeux, mais également les démarches à mettre en place.

La Guinée-Bissau est un havre naturel qu’il faut préserver.

La Guinée-Bissau représente une exception écologique en Afrique de l’Ouest. Son couvert forestier sert de frontière entre le Sahel et la forêt tropicale humide d’Afrique de l’Ouest. Son territoire est à la fois continental et insulaire. Sa vaste zone de mangroves, qui recouvre tout son littoral, est un lieu de reproduction privilégié pour la ressource pélagique de l’ensemble du Golfe de Guinée. Bien que les inventaires de la biodiversité restent lacunaires, leurs travaux indiquent que les écosystèmes accueillent une faune diversifiée de 64 espèces de mammifères dont 11 espèces de primates, ainsi que 374 espèces d’oiseaux, 85 espèces de reptiles et 31 espèces d’amphibiens, dont au moins 10 espèces endémiques. La faune aquatique est également très diversifiée. De nombreux fleuves et cours d’eau irriguent la Guinée-Bissau, du nord au sud du pays, notamment Cacheu, Mansoa, Geba, Corubal, Grande de Buba, Cumbijã, Tombali et Cacine. La flore comprend 1186 espèces recensées, appartenant à 160 familles. Une douzaine de ces espèces sont endémiques. L’archipel des Bijagós offre un mixte particulièrement original d’écosystèmes et de paysages : de larges andains de mangroves, des savanes parsemées d’arbustes, des forêts humides, des falaises escarpées, des zones de plantation agricoles de palmiers. Cet environnement unique se révèle un havre naturel pour les hippopotames, les tortues de mer, les lamantins, les loutres, les singes, les dauphins et les centaines d’oiseaux qui vivent en bonne intelligence avec les Bijagós et autres habitants de l’archipel. Le peuple de Guinée-Bissau a conscience du privilège d’habiter un territoire aussi exceptionnel, riche d’une biodiversité foisonnante. Il est également conscient des responsabilités attachées à ce privilège.

Des mesures ambitieuses de protection ont été mises en place.

Dès 1992, la Guinée-Bissau a procédé à l’identification d’écosys-tèmes dont la protection de la biodiversité justifiait le statut d’aires protégées. Ainsi, les mangroves du Rio Cacheu (540 km2); les îles d’Orango de l’archipel des Bijagós (680 km2); les lagunes de Cufada (990 km2); le massif forestier de Cantanhés (650 km2); les forêts claires de Dulombi (1.770 km2) où l’on trouve la plus grande diversité de vertébrés, ont été sanctuarisés par la loi dans le cadre du Système National des Aires Protégées (SNAP). Ces parcs nationaux représentent 12% du territoire national. En 1996 l’archipel des Bijagós a été érigé en réserve de la biosphère, statut accordé sous le patronage de l’UNESCO. Ces mesures ont été renforcées en 2004 par la création de l’Institut de la Biodiversité et des Aires Protégées (IBAP), agence en charge de la gestion opérationnelle de la protection des aires protégées. Toutefois, ce dispositif ambitieux de protection de la biodiversité est confronté à l’insécurité de son mode de financement, qui dépend quasi exclusivement de l’aide de bailleurs internationaux. Les moyens mis en œuvre pour la protection des aires protégées peuvent également être renforcés pour assurer une plus grande effectivité de la protection de ces écosystèmes. Enfin, l’environne-ment en Guinée-Bissau souffre d’importantes vulnérabilités, liées à la pression anthropique et aux aléas climatiques, qui dépassent largement le périmètre des aires protégées.

L’activité de l’homme engendre des perturbations importantes de l’environnement.

80% de la population bissau-guinéenne vit sur le littoral, entraînant une pression anthropique importante sur l’environnement. Cette population vit en grande majorité d’activités agricole ou de pêche et pratique des techniques qui ont pour conséquence la déforestation, la surpêche, la pollution des nappes phréatiques et des sols et l’érosion des sols. Ainsi, de fortes pressions sont exercées sur les mangroves dans le cadre du procédé de fumage du poisson. La pollution organique provenant des campements de pêche contribue également à la modification des paramètres physico-chimiques (oxygène, turbidité, eutrophisation) des mangroves. En ce qui concerne la forêt humide, entre 30 000 à 60 000 hectares disparaissent chaque année, avec des effets négatifs sur la capacité courante de séquestration estimés à 15 738,43 Gg CO2 atmosphérique (PANA, 2006). De plus, la monoculture de noix contribue fortement à la perte de diversité végétale et appauvrit les sols. Ces différentes vulnérabilités contribuent à diminuer le stock de ressources naturelles renouvelables et mettent en danger les conditions de vie, voire de survie, de la population.

L’environnement demeure sous la menace des dérèglements climatiques.

En Guinée-Bissau, le biotope est soumis à des perturbations importantes liées aux dérèglements climatiques. Chaque année, la ligne de côte recule d’environ 5 à 7 mètres, ce qui provoque l’inondation des terres basses, la perte des mangroves, la destruction des infrastructures construites sur le littoral et menacent les modes de vie des hommes et de la faune. La profonde interpénétration entre la terre et la mer, l’existence d’un delta marin actif et la géomorphologie du littoral le rende particulièrement sensible à l’érosion. Les inondations des terres basses augmentent les concentrations de sel dans le sol et contribue à réduire la fertilité et la stabilité des sols. Des plantations de riz ont dû être abandonnées pour cause de salinité trop élevé des sols. Les dérèglements climatiques concernent également la diminution de la pluviométrie, qui est accentuée par la tendance à l’augmentation de la température moyenne annuelle. Ces deux tendances affectent le fonctionnement des écosystèmes, avec pour conséquence la migration, l’adaptation et/ou la disparition de certaines espèces.

Quatre (4) orientations majeures pour la préservation de la biodiversité et un développement durable.

Ces vulnérabilités anthropiques et climatiques doivent être adressées dans le cadre d’une démarche globale et intégrée de protection de l’environnement et de la biodiversité. Cette démarche, qui contribuera à l’objectif global de développement durable de la Guinée-Bissau, se déclinera en quatre actions majeures : (i) Instaurer un cadre règlementaire et institutionnel du développement durable et de la protection de la biodiversité, (ii) Connaître, sécuriser et aménager les écosystèmes, (iii) Réguler le prélèvement des ressources naturelles renouvelables pour en assurer le renouvellement biologique et (iv) Mettre en place un Plan Climat augmentant la résilience du territoire national au changement climatique.


Instaurer un cadre règlementaire et institutionnel du développement durable et de la protection de la biodiversité

Programme 12 : Réformes institutionnelles et cadre règlementaire de la gestion de l’environnement et du développement durable.

La Guinée-Bissau a ratifié les principaux traités internationaux de protection de l’environnement et de lutte contre les changements climatiques. La convention-Cadre sur les changements climatiques, le protocole de Kyoto, la convention sur la diversité biologique ou la convention sur la désertification, ont ainsi été ratifiés. La Guinée-Bissau est également signataire du protocole de Carthagène sur la biosécurité et la biotechnologie, de la convention de Vienne sur la protection de la couche d’ozone, ainsi que de la convention de RAMSAR sur la protection des zones humides. Toutefois, ces différentes conventions ne se sont pas encore traduites par des textes législatifs et des dispositions réglementaires qui traduisent ces principes dans le droit applicable au niveau national. Pour remédier à cette situation, deux lois d’orientation, l’une sur le développement durable, l’autre sur la protection de l’environnement et de la biodiversité, définiront le cadre législatif national d’application des traités ratifiés, et seront déclinés dans les différents codes sectoriels par des dispositions réglementaires qui en préciseront les contours.

La loi d’orientation sur le développement durable sera la pierre angulaire du modèle de développement de la Guinée-Bissau. Elle définira les principes de préservation, valorisation et réhabilitation des milieux naturels et établira les responsabilités des différents acteurs, publics et privés, impliqués dans la mise en œuvre du développement durable en République de Guinée-Bissau. A ce titre, elle déterminera les moyens d’actions des pouvoirs publics, des opérateurs économiques et de la société civile pour garantir le respect du bien-être des générations actuelles et futures dans les différentes activités humaines en cours. L’obligation de consultation et d’association des communautés locales aux activités génératrices de revenus situées dans leur lieu de vie, ou encore l’obligation de maîtrise des externalités environnementales négatives des activités humaines, seront quelques-uns des moyens prévus à cet effet. Ainsi, la loi précisera les exigences en matière d’élimination des déchets et produits dangereux, de même que les seuils de contamination au-dessus desquels il faudra déployer des actions de réparation. La loi d’orientation sur le développement durable indiquera enfin les outils, pratiques et instances de reporting environnemental des engagements de la Guinée-Bissau en matière de développement durable, vis-à-vis des institutions internationales.

La loi relative à la protection de l’environnement et de la biodiversité encadrera les mesures de préservation de l’environnement et de sauvegarde de la biodiversité. Cette loi précisera les mesures de lutte contre les pollutions et nuisances, de protection de la salubrité du cadre de vie et de sauvegarde de la biodiversité. Elle déclinera notamment dans le droit national les actions prévues par la convention de Stockolm sur la pollution environnementale liée à l’utilisation de produits chimiques. La loi relative à la protection de l’environnement interdira l’usage des substances chimiques très polluantes faisant partie des douze vilains (dirty dozen en anglais) identifiés dans la convention de Stockholm: l'aldrine, le chlordane, la dieldrine, l'endrine, l'heptachlore, l'hexachlorobenzène, le mirex, le toxaphène et les polychloro-biphényles (PCB). Elle encadrera très fortement l'utilisation du DDT. Au-delà, la loi promulguera l’usage systématique des études d’impact environnemental et de préservation de la biodiversité pour toutes les activités économiques dont l’investissement atteindra un seuil jugé significatif. Elle énoncera les mesures de promotion de la conservation des ressources génétiques. Elle encadrera également les mesures de sauvegarde des différentes aires protégées, qu’il s’agisse des parcs nationaux, des zones humides RAMSAR ou des zones de reproduction et de croissance des juvéniles pélagiques.

Les orientations de ces deux lois seront déclinées dans les différents codes sectoriels qui encadrent l’activité humaine impactant l’environnement. Le code de la pêche, le code de l’agriculture, le code forestier, le code de la chasse, le code minier, seront créés ou actualisés de sorte à ce que s’appliquent dans ces secteurs les orientations des lois cadre sur le développement durable et la protection de l’environnement et de la biodiversité. Ainsi, par exemple, le code de la pêche interdira les techniques qui détériorent les écosystèmes, comme le chalutage de fonds, qui prélèvent de manière disproportionnée la ressource (filets dérivants, filets mono-filaments, longs liners…). Le recours aux techniques et outils qui contribuent à un prélèvement plus soutenable de la ressource, comme le dispositif d’exclusion des tortues (TED, tortoises exclusion device) dans les filets des navires crevettiers, sera rendu obligatoire. Les pouvoirs publics en matière de protection de zones de reproduction et de croissance des juvéniles pélagiques, de surveillance et de répression des campements de pêche illégaux, d’octroi des licences de pêche et de suivi des captures, de contrôle sanitaire des produits de la pêche seront précisés. Des dispositions similaires seront prises pour assurer un aménagement durable des forêts, une agriculture biologique saine, ainsi qu’une exploitation minière non polluante, dans le cadre des différents codes sectoriels concernés.

En plus du cadre légal, un dispositif institutionnel renforcé garantira la protection effective de l’environnement. La Guinée-Bissau sera dotée d’un dispositif institutionnel permettant la dissuasion, la taxation, le contrôle et la répression effective pour faire face au pillage des ressources et aux différents actes illicites sur le territoire maritime et terrestre. Ce renforcement du cadre institutionnel passe par i) la pérennisation du financement de la protection de l’environnement, à travers la création d’un Fonds National de l’Environnement et ii) l’actualisation du Plan National pour la conservation de la biodiversité pour en faire instrument de politique générale cohérent avec les ambitions du pays, (iii) le renforcement institutionnel de l’investigation et la fiscalisation d’écosystèmes, (iv) le renforcement de la capacité domestique de gestion de déchets.

 

Programme 13 : Renforcement des capacités de gestion du capital naturel.

Le renforcement des capacités de gestion durable du capital naturel est primordial compte tenu de la forte dépendance aux ressources naturelles. Cela passera notamment par : (i) la capitalisation de la Fundação BioGuinea (FBG), (ii) le renforcement de l'IBAP, (iii) le renforcement institutionnel de l'administration en charge des forêts.

Le financement pérenne des actions de préservation de la biodiversité et de l’environnement est indispensable à la soutenabilité de la démarche de la Guinée-Bissau. Le Système National des Aires Protégées (SNAP) a longtemps été financé par les bailleurs internationaux, avec des financements de court terme, irréguliers et qui répondent à des priorités fixées depuis l’extérieur. Conscients de cette vulnérabilité, la Guinée-Bissau et ses partenaires ont mis en place un mécanisme innovant de financement via la FBG. La FBG est une fondation privée à but non lucratif de droit anglais, reconnu d’utilité publique au Royaume-Uni et en Guinée-Bissau. Elle dispose d’un conseil d’administration où siègent plusieurs institutions multilatérales et ONG de protection de la nature. La FBG a pour vocation de fonctionner comme un fonds fiduciaire pour la conservation de la biodiversité en Guinée-Bissau, qui place et fait fructifier un capital qui lui est confié, de sorte à financer le fonds de roulement d’organismes comme l’IBAP via les rendements réguliers de ses placements financiers. Le processus de dotation du capital d’amorçage de la FBG est en cours de finalisation auprès des partenaires au développement durable de la Guinée-Bissau, pour un montant d’environ 5 milliards de FCFA (7,5 millions d’euros). La FBG pourra également être abondé par des reconversions de dettes des partenaires financiers bilatéraux, mécanismes dont ont pu bénéficier des pays africains comme le Gabon.

Au-delà de la FBG, d’autres types de financements innovants devront être mobilisés pour accompagner le plan d’action de protection de l’environnement et de la biodiversité. La Guinée-Bissau accompagnera la mobilisation de ressources extérieures par la collecte de ressources propres destinées à soutenir sa démarche de développement durable. Les redevances de pêche constituent la première source de revenus mobilisables, qu’il s’agisse des redevances dans le cadre d’accords d’autorisation de pêche comme celui de l’Union Européenne, où de redevances liées à un meilleur contrôle des pêcheurs artisanaux, qui devront s’acquitter de patentes pour obtenir des licences de pêche et verseront des redevances liées à la valeur de leurs captures, collectées dans les lieux de débarquement de pêche. Les redevances liées aux concessions des sites d’écotourisme à des opérateurs privés, ainsi que des taxes sur les droits d’entrée des parcs nationaux, constitueront une deuxième source de revenus endogènes. Enfin, la mise en place d’écotaxes sur les activités générant des dommages environnementaux, notamment dans le secteur minier, contribuera à financer les actions de maîtrise ou de réparation de ces externalités négatives. Ces différentes ressources propres abonderont d’une part le budget national et d’autre part le FGB, selon une clé de répartition qui sera définie au cas par cas pour chaque taxe. Au total, les besoins de financement estimés pour la protection de la nature s’élèvent à 25 milliards de F CFA par an (37 millions d’euros). Le renforcement des dotations budgétaires et des capacités financières de la FBG répondent à l’objectif de soutenir durablement le déploiement opérationnel des institutions de protection de l’environnement et de la biodiversité.

Face au braconnage et à la contrebande, il convient de renforcer les moyens humains et matériels confiés à l’IBAP, afin qu’elle puisse assumer pleinement sa mission de sauvegarde des aires protégées. Le prélèvement de la ressource faunique et végétale alimente un trafic national et international aux moyens financiers, matériels - y compris armés - significatifs. La mission de protection de la biodiversité doit amener l’IBAP à coordonner des études scientifiques pour améliorer la connaissance de la faune et de la flore nationale, qui nécessitent des financements importants. Au-delà des aires protégées, les patrouilles de l’armée, des douanes et des forces de police auront un rôle important à jouer pour contrôler le respect de la juridiction nationale sur l’ensemble du territoire national, y compris dans la Zone Economique Exclusive. Une instance de coordination de ces différents corps administratifs veillera à ce que le traitement de l’information soit centralisé et partagé, de sorte à mobiliser au mieux les ressources publiques pour les patrouilles dissuasives, d’appréhension et de répression des contrevenants. En ce qui concerne la lutte contre la pollution environnementale, l’inspection de la Direction Générale de l’Environnement jouera un rôle déterminant de contrôle des niveaux de toxicité des eaux, des sols et de l’air, d’identification des sources de pollution et de détection des pollueurs. Cette fonction stratégique pour le respect du cadre légal nécessitera des compétences pointues et des moyens matériels sophistiqués, qui seront mobilisés. Enfin, les administrations régulatrices des filières agriculture, pêche, forêt, mines, mèneront des inspections régulières sur les lieux d’activité pour s’assurer du respect des règles de développement durable et de protection de l’environnement.

Parce qu’elle est dépourvue de moyens humains et financiers, l’administration forestière a délégué la gestion des forêts, primaires et secondaires, aux populations rurales. Les ressources de ces forêts sont insuffisamment connues, les quelques informations récoltées sont basées sur des rencontres avec les notables locaux et sur la littérature alors que la demande des populations locales est en augmentation. Sans une rationalisation de l’exploitation de ces forêts, il y a fort à craindre pour leur pérennité. Ainsi, l’administration en charge des forêts, la Direction Générale des Forêts et Chasse verra ses capacités d’orientation et de planification de l’exploitation des forêts renforcées pour mieux prendre en charge la gestion de ces écosystèmes.


 

Gérer durablement les écosystèmes

Programme 14 : Connaissance et surveillance des ressources naturelles.

Sauvegarder la qualité de son environnement requiert de mieux connaître son biotope et les composantes de sa biodiversité. Pour cela, les Autorités publiques procèderont à des inventaires des écosystèmes et de leur biodiversité en commençant par l’inventaire et la caractérisation des ressources halieutiques. La connaissance des écosystèmes aquatiques (cartographie des ressources hydriques et inventaire des ressources halieutiques) permettra de mieux appréhender les modalités de préservation et / ou de valorisation de l’environnement bissau-guinéen. Cet état des lieux permettra d’identifier les habitats et espèces menacés. De même, un système de suivi de la végétation forestière de la Guinée-Bissau (SIMOFLOR) sera mise en place pour une meilleure connaissance des écosystèmes forestiers.

Cette connaissance sur le biotope sera complétée par une connaissance sur les flux de prélèvement. Pour les ressources halieutiques, un observatoire de la pêche recensera l’information sur les niveaux de captures. Cet observatoire produira une analyse actualisée sur : (i) les rendements équilibrés maximums, (ii) les limites de mortalité par pêche et le niveau de résilience des espèces sensibles, (iii) la périodicité et le niveau maximum des captures à appliquer dans les différentes zones de pêche.

Une surveillance et un contrôle stricts du territoire maritime permettront à la Guinée-Bissau d’assurer une exploitation durable de ses ressources halieutiques. Les Autorités bissau-guinéennes mettront en place un dispositif complet de surveillance et de contrôle pour faire face au pillage des ressources et à la pêche illicite, non déclarée et non réglementée. Ce renforcement passe notamment par la mise en place d’un système de surveillance des navires par satellites qui fournit à intervalles réguliers des données sur la position, la route et la vitesse des navires aux autorités de pêche (VMS) et le renforcement des moyens logistiques et humains de l’organe de contrôle et de surveillance, le FISCAP, pour les contrôles en mer et le long des côtes (moyens navigants, radars, radios, stations de surveillance de pêche, coopération régionale, etc.).

 

Programme 15 : Gestion des aires protégées (Mise en œuvre du SNAP).

L’IBAP a défini un Plan stratégique pour 2014-2020 dont les piliers II et III concernent respectivement le renforcement de la gestion des Aires Protégées et le monitoring, la connaissance et la valorisation des Aires Protégées (Biodiversité, Services écosystémiques). En plus des parcs existants, le Système National des Aires Protégées sera étendu par la création de deux nouveaux parcs nationaux et de trois corridors fauniques. Cette extension des aires protégées concernera notamment l’archipel des Bijagós. En 2012, la Guinée-Bissau a soumis à l’UNESCO une proposition d’inscription de l’Archipel de Bolama-Bijagós à la liste du patrimoine mondial de l’humanité. La candidature a déjà passé la première phase. Le 16 avril 1996, l'UNESCO avait reconnu l'Archipel des Bijagós comme une Réserve de la Biosphère. L'importance de cette réserve dans la sauvegarde de la vie sur Terre a conduit le WWF à inscrire l'Archipel de Bijagós dans la liste de ses 200 écorégions. Cette importance pour la conservation de la vie a permis à l'Etat de créer dans cette Réserve de Biosphère, deux Parcs Nationaux Marins (João Viera-Poilão et Orango) et une Aire Marine Protégée Communautaire des îles de Formosa, Nago et Tchediã (Urok). Ces efforts seront prolongés par la création d'une unité pour la conservation des jeunes tortues marines à Unhocomo et Unhocomozinho.

La mission de l’IBAP dans le Plan Guinée-Bissau 2025 sera d’assurer la gestion des aires protégées et la promotion de la biodiversité pour les ériger en fondations du développement durable au service des générations futures. Son rôle n’est pas de s’investir directement dans le développement des aires protégées, mais plutôt de faciliter et de coordonner l’intervention de tiers, d’assurer le suivi et l’évaluation en continu de projets s’y déroulant, et d’aider à faire respecter les lois s’y appliquant. À ces responsabilités s’ajouteront des projets de promotion du développement durable. Par exemple, l’IBAP pourra tester des pratiques de développement durable qui auront vocation à être répliqués hors des aires protégées.

Afin de renforcer l’implication à long-terme de l’IBAP dans le développement durable bissau-guinéen, une partie importante de la stratégie sera sa pérennisation institutionnelle. Il s’agira de maintenir l’autonomie administrative et financière ainsi que de préserver le leadership sur les questions de biodiversité. Le renforcement de l’autonomie institutionnelle passera par une adhésion stricte aux meilleurs standards de transparence et de responsabilité. La diversification des partenariats et des sources de financements et l’obtention d’une part des fonds de la FBG permettront d’augmenter la résilience de l’IBAP.

 

Programme 16 : Préservation des écosystèmes (hors gestion des aires protégées et écosystèmes agropastoraux).

En dehors des aires protégées, le prélèvement de la ressource sera étroitement régulé. Sur la base de la connaissance acquise sur les ressources naturelles, des quotas limites de pêche, de chasse, d’exploitation forestière, d’occupation des sols par l’agriculture et de fréquentation des sites protégés par la filière écotourisme seront déterminés. Différents projets seront mis en œuvre dans cette perspective, notamment : (i) un projet de management des ressources naturelles, (ii) un projet de conservation de la biodiversité financé par la Banque Mondiale qui joue un rôle déterminant pour la conservation des écosystèmes et des espèces ayant une importance mondiale, (iii) un projet de gestion durable des ressources forestières et fauniques et (iv) des projets de cogestion de la pêche dans les rivières de Guinée-Bissau. Cette régulation se traduira par des limitations des périodes de prélèvement, des quantités à prélever pour une ressource donnée et du périmètre autorisé d’exploitation. Ainsi, Il ne sera pas permis de pêcher partout, certaines zones de reproduction devant être constamment protégées. La régulation veillera à ce que les pressions anthropiques n’empêchent pas le renouvellement des ressources. Dans le cas de la pêche, l’Etat définira en fonction de la résilience des différentes espèces halieutiques les quotas annuels de capture, les périodes d’autorisation de pêche, espèce par espèce, à répartir en fonction du stock existant, de sa migration, des périodes de reproduction et du nombre d’exploitants recensés. Ces projets contribueront à doter la Guinée-Bissau de mesures et moyens pour lutter contre les pollutions et pour préserver ses écosystèmes vulnérables.

Les ressources naturelles font l’objet d’usages diversifiés, parfois contradictoires, qui peuvent conduire à des situations conflictuelles. Dans un contexte d’économie de pénurie et de situation post-conflit, il est indispensable de veiller à désamorcer ces situations conflictuelles, en privilégiant la sensibilisation et renforcement des capacités locales dans la gestion des ressources naturelles. A ce titre, les partenaires internationaux appuieront le renforcement des capacités de la société civile afin qu’elle assume pleinement son rôle dans ce processus.

Cet effort s’exprimera notamment dans le cadre d’action d’éducation à l’Environnement qui visent à placer les structures nationales et les organisations locales d’éducation et d’animation communautaire en condition de transmettre aux jeunes générations les éléments de la compréhension des enjeux liés à la conservation des patrimoines de la zone côtière ouest africaine.

Par ailleurs, des programmes nationaux d’encadrement de communautés villageoises pour des activités d’agriculture biologique, de pêche durable et d’écotourisme seront mis en place de sorte à ce que les communautés rurales soient acteurs à part entière de la dynamique de développement durable via les principaux moteurs de croissance identifiés.

 

Programme 17 : Elaboration et mise en œuvre d’un Plan Climat.

« La beauté des petits États insulaires en développement réside dans l’ingéniosité de leurs peuples, leur esprit d’entreprise, leur capacité à relever les nombreux défis posés par le changement climatique, à se réinventer et à trouver un regain de résilience dans leurs institutions, leurs liens sociaux, leurs réseaux et leurs alliances de réciprocité. » Carlos Lopes, Secrétaire Exécutif de la Commission Economique des Nations-Unies pour l’Afrique.

Le changement climatique impose à l’humanité des contraintes économiques et matérielles. Pour s’adapter à ce contexte, la communauté internationale s’est engagée via la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques dans une démarche d’adaptation du territoire au changement climatique et d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. L’élaboration et mise en œuvre du plan national d'adaptation au changement climatique permettra de décliner la stratégie nationale de la Guinée-Bissau en ce sens. Il mettra en œuvre des actions de prévention de la vulnérabilité du territoire et de gestion des aléas climatiques.

Dans ce cadre, la protection du littoral jouera un rôle déterminant dans le renforcement de la résilience du territoire face aux aléas climatiques. Cette protection revêt (i) un enjeu économique car elle contribuera à maintenir et renforcer les installations des différentes activités économiques concentrées à plus de 80% sur le littoral, (ii) un enjeu social parce qu’elle rassure la mobilité de la population et contribue aux actions en amont de la sécurité alimentaire et (iii) un enjeu écologique parce qu’elle favorise le maintien de l’équilibre des écosystèmes côtiers et marins. Pour répondre à ces enjeux, le plan de protection du littoral définira tout d’abord le cadre juridique de protection et de gestion de la zone littorale, interdisant certaines activités préjudiciables comme les carrières de sable dans les zones vulnérables ou la découpe de bois pour le fumage du poisson.

Par ailleurs, un projet spécifique permettra de renforcer les capacités d’adaptation des communautés et la résilience des écosystèmes côtiers bissau-guinéens face aux changements climatiques. Des actions d’adaptation au changement climatique seront également développées dans les différents secteurs d’activité, notamment l’agriculture et la pêche. Des services de désalinisation des sols et du réseau hydrographique continental contribueront par exemple à contrer les impacts les plus négatifs des aléas climatiques sur les populations rurales.