Gérer durablement les écosystèmes

Programme 14 : Connaissance et surveillance des ressources naturelles.

Sauvegarder la qualité de son environnement requiert de mieux connaître son biotope et les composantes de sa biodiversité. Pour cela, les Autorités publiques procèderont à des inventaires des écosystèmes et de leur biodiversité en commençant par l’inventaire et la caractérisation des ressources halieutiques. La connaissance des écosystèmes aquatiques (cartographie des ressources hydriques et inventaire des ressources halieutiques) permettra de mieux appréhender les modalités de préservation et / ou de valorisation de l’environnement bissau-guinéen. Cet état des lieux permettra d’identifier les habitats et espèces menacés. De même, un système de suivi de la végétation forestière de la Guinée-Bissau (SIMOFLOR) sera mise en place pour une meilleure connaissance des écosystèmes forestiers.

Cette connaissance sur le biotope sera complétée par une connaissance sur les flux de prélèvement. Pour les ressources halieutiques, un observatoire de la pêche recensera l’information sur les niveaux de captures. Cet observatoire produira une analyse actualisée sur : (i) les rendements équilibrés maximums, (ii) les limites de mortalité par pêche et le niveau de résilience des espèces sensibles, (iii) la périodicité et le niveau maximum des captures à appliquer dans les différentes zones de pêche.

Une surveillance et un contrôle stricts du territoire maritime permettront à la Guinée-Bissau d’assurer une exploitation durable de ses ressources halieutiques. Les Autorités bissau-guinéennes mettront en place un dispositif complet de surveillance et de contrôle pour faire face au pillage des ressources et à la pêche illicite, non déclarée et non réglementée. Ce renforcement passe notamment par la mise en place d’un système de surveillance des navires par satellites qui fournit à intervalles réguliers des données sur la position, la route et la vitesse des navires aux autorités de pêche (VMS) et le renforcement des moyens logistiques et humains de l’organe de contrôle et de surveillance, le FISCAP, pour les contrôles en mer et le long des côtes (moyens navigants, radars, radios, stations de surveillance de pêche, coopération régionale, etc.).

 

Programme 15 : Gestion des aires protégées (Mise en œuvre du SNAP).

L’IBAP a défini un Plan stratégique pour 2014-2020 dont les piliers II et III concernent respectivement le renforcement de la gestion des Aires Protégées et le monitoring, la connaissance et la valorisation des Aires Protégées (Biodiversité, Services écosystémiques). En plus des parcs existants, le Système National des Aires Protégées sera étendu par la création de deux nouveaux parcs nationaux et de trois corridors fauniques. Cette extension des aires protégées concernera notamment l’archipel des Bijagós. En 2012, la Guinée-Bissau a soumis à l’UNESCO une proposition d’inscription de l’Archipel de Bolama-Bijagós à la liste du patrimoine mondial de l’humanité. La candidature a déjà passé la première phase. Le 16 avril 1996, l'UNESCO avait reconnu l'Archipel des Bijagós comme une Réserve de la Biosphère. L'importance de cette réserve dans la sauvegarde de la vie sur Terre a conduit le WWF à inscrire l'Archipel de Bijagós dans la liste de ses 200 écorégions. Cette importance pour la conservation de la vie a permis à l'Etat de créer dans cette Réserve de Biosphère, deux Parcs Nationaux Marins (João Viera-Poilão et Orango) et une Aire Marine Protégée Communautaire des îles de Formosa, Nago et Tchediã (Urok). Ces efforts seront prolongés par la création d'une unité pour la conservation des jeunes tortues marines à Unhocomo et Unhocomozinho.

La mission de l’IBAP dans le Plan Guinée-Bissau 2025 sera d’assurer la gestion des aires protégées et la promotion de la biodiversité pour les ériger en fondations du développement durable au service des générations futures. Son rôle n’est pas de s’investir directement dans le développement des aires protégées, mais plutôt de faciliter et de coordonner l’intervention de tiers, d’assurer le suivi et l’évaluation en continu de projets s’y déroulant, et d’aider à faire respecter les lois s’y appliquant. À ces responsabilités s’ajouteront des projets de promotion du développement durable. Par exemple, l’IBAP pourra tester des pratiques de développement durable qui auront vocation à être répliqués hors des aires protégées.

Afin de renforcer l’implication à long-terme de l’IBAP dans le développement durable bissau-guinéen, une partie importante de la stratégie sera sa pérennisation institutionnelle. Il s’agira de maintenir l’autonomie administrative et financière ainsi que de préserver le leadership sur les questions de biodiversité. Le renforcement de l’autonomie institutionnelle passera par une adhésion stricte aux meilleurs standards de transparence et de responsabilité. La diversification des partenariats et des sources de financements et l’obtention d’une part des fonds de la FBG permettront d’augmenter la résilience de l’IBAP.

 

Programme 16 : Préservation des écosystèmes (hors gestion des aires protégées et écosystèmes agropastoraux).

En dehors des aires protégées, le prélèvement de la ressource sera étroitement régulé. Sur la base de la connaissance acquise sur les ressources naturelles, des quotas limites de pêche, de chasse, d’exploitation forestière, d’occupation des sols par l’agriculture et de fréquentation des sites protégés par la filière écotourisme seront déterminés. Différents projets seront mis en œuvre dans cette perspective, notamment : (i) un projet de management des ressources naturelles, (ii) un projet de conservation de la biodiversité financé par la Banque Mondiale qui joue un rôle déterminant pour la conservation des écosystèmes et des espèces ayant une importance mondiale, (iii) un projet de gestion durable des ressources forestières et fauniques et (iv) des projets de cogestion de la pêche dans les rivières de Guinée-Bissau. Cette régulation se traduira par des limitations des périodes de prélèvement, des quantités à prélever pour une ressource donnée et du périmètre autorisé d’exploitation. Ainsi, Il ne sera pas permis de pêcher partout, certaines zones de reproduction devant être constamment protégées. La régulation veillera à ce que les pressions anthropiques n’empêchent pas le renouvellement des ressources. Dans le cas de la pêche, l’Etat définira en fonction de la résilience des différentes espèces halieutiques les quotas annuels de capture, les périodes d’autorisation de pêche, espèce par espèce, à répartir en fonction du stock existant, de sa migration, des périodes de reproduction et du nombre d’exploitants recensés. Ces projets contribueront à doter la Guinée-Bissau de mesures et moyens pour lutter contre les pollutions et pour préserver ses écosystèmes vulnérables.

Les ressources naturelles font l’objet d’usages diversifiés, parfois contradictoires, qui peuvent conduire à des situations conflictuelles. Dans un contexte d’économie de pénurie et de situation post-conflit, il est indispensable de veiller à désamorcer ces situations conflictuelles, en privilégiant la sensibilisation et renforcement des capacités locales dans la gestion des ressources naturelles. A ce titre, les partenaires internationaux appuieront le renforcement des capacités de la société civile afin qu’elle assume pleinement son rôle dans ce processus.

Cet effort s’exprimera notamment dans le cadre d’action d’éducation à l’Environnement qui visent à placer les structures nationales et les organisations locales d’éducation et d’animation communautaire en condition de transmettre aux jeunes générations les éléments de la compréhension des enjeux liés à la conservation des patrimoines de la zone côtière ouest africaine.

Par ailleurs, des programmes nationaux d’encadrement de communautés villageoises pour des activités d’agriculture biologique, de pêche durable et d’écotourisme seront mis en place de sorte à ce que les communautés rurales soient acteurs à part entière de la dynamique de développement durable via les principaux moteurs de croissance identifiés.

 

Programme 17 : Elaboration et mise en œuvre d’un Plan Climat.

« La beauté des petits États insulaires en développement réside dans l’ingéniosité de leurs peuples, leur esprit d’entreprise, leur capacité à relever les nombreux défis posés par le changement climatique, à se réinventer et à trouver un regain de résilience dans leurs institutions, leurs liens sociaux, leurs réseaux et leurs alliances de réciprocité. » Carlos Lopes, Secrétaire Exécutif de la Commission Economique des Nations-Unies pour l’Afrique.

Le changement climatique impose à l’humanité des contraintes économiques et matérielles. Pour s’adapter à ce contexte, la communauté internationale s’est engagée via la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques dans une démarche d’adaptation du territoire au changement climatique et d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. L’élaboration et mise en œuvre du plan national d'adaptation au changement climatique permettra de décliner la stratégie nationale de la Guinée-Bissau en ce sens. Il mettra en œuvre des actions de prévention de la vulnérabilité du territoire et de gestion des aléas climatiques.

Dans ce cadre, la protection du littoral jouera un rôle déterminant dans le renforcement de la résilience du territoire face aux aléas climatiques. Cette protection revêt (i) un enjeu économique car elle contribuera à maintenir et renforcer les installations des différentes activités économiques concentrées à plus de 80% sur le littoral, (ii) un enjeu social parce qu’elle rassure la mobilité de la population et contribue aux actions en amont de la sécurité alimentaire et (iii) un enjeu écologique parce qu’elle favorise le maintien de l’équilibre des écosystèmes côtiers et marins. Pour répondre à ces enjeux, le plan de protection du littoral définira tout d’abord le cadre juridique de protection et de gestion de la zone littorale, interdisant certaines activités préjudiciables comme les carrières de sable dans les zones vulnérables ou la découpe de bois pour le fumage du poisson.

Par ailleurs, un projet spécifique permettra de renforcer les capacités d’adaptation des communautés et la résilience des écosystèmes côtiers bissau-guinéens face aux changements climatiques. Des actions d’adaptation au changement climatique seront également développées dans les différents secteurs d’activité, notamment l’agriculture et la pêche. Des services de désalinisation des sols et du réseau hydrographique continental contribueront par exemple à contrer les impacts les plus négatifs des aléas climatiques sur les populations rurales.