Des performances économiques affectées par la faible diversité sectorielle, l’instabilité politique et l’ineffi-cience de la gestion des finances publiques.

L’économie Bissau-guinéenne est faiblement diversifiée. Elle se caractérise par la prédominance du secteur primaire, qui contribue au PIB à hauteur de 50%, suivi par le secteur tertiaire (38%) et le secondaire (12%). La noix de cajou, qui constitue le tiers des revenus du ménage moyen et a représenté en moyenne deux tiers des exportations au cours des années 2011-2013, a un impact déterminant sur la croissance économique et les équilibres externes. La baisse simultanée du volume de production et des prix a ainsi fortement pesé sur la contraction du PIB en 2012 (-1,5%) et sur l’accroissement du déficit de la balance commerciale et de la balance courante. Le prix de la noix de cajou à l'exportation a baissé de 20% par an entre 2011 et 2013, contribuant à des déficits élevés, malgré la baisse des importations. D’une situation de quasi-équilibre en 2011, le déficit de la balance commerciale s’est creusé à 8,1% du PIB en 2012 et est demeuré élevé en 2013 (5,8% du PIB).

La fragilité de l’économie a été accentuée par l’instabilité politique. La suspension du soutien financier des partenaires traditionnels après le coup d'Etat de 2012 a entraîné un déficit de la balance des paiements de 7,4% du PIB en 2012 malgré le soutien des partenaires régionaux (Nigeria et CEDEAO). La chute des recettes fiscales et des dons en 2012 et en 2013 a dû être compensée par une contraction des dépenses publiques en capital et une hausse des arriérés de paiement sur la dette intérieure. Ces ajustements n’ont cependant pas été suffisants pour éviter un creusement du déficit budgétaire.

Malgré les progrès enregistrés dans la gestion des finances publiques, les performances budgétaires sont encore faibles par rapport aux normes de convergence définies par l’UEMOA. En particulier, l’inefficience de la collecte des revenus publics et la faiblesse de l’épargne intérieure qu’elle induit contribuent aux déficits internes et externes. Le taux de pression fiscale demeure le plus faible de l’UEMOA et a eu tendance à se dégrader (les recettes fiscales sont passées de 8,7% du PIB en 2011 à 7,4% en 2013). Le ratio des salaires et traitements, qui doit être limité à 35% des recettes fiscales, représente les deux-tiers des recettes publiques. Par ailleurs, la gestion de la fonction publique est contrainte par un déficit en ressources humaines qualifiées, une faible capacité d’absorption, et un déficit de coordination de l’aide dans un contexte où 90% du Programme d’Investissement est financé par l’aide extérieure. En revanche, grâce à l’atteinte du point d’achèvement en 2010 et la réduction de dette consentie par les bailleurs, le ratio Dette/PIB est passé de 138,4% en 2009 à 43,7% en 2011 mais entame déjà en 2012 une remontée (53,7% si l’on tient compte de la dette domestique). L’objectif global du gouvernement est de promouvoir une croissance forte, durable et résiliente et d’améliorer les capacités de mobilisation des ressources financières, ainsi que l’impact des dépenses publiques. Les mesures viseront à : (i) renforcer les outils de planification, de programmation et de pilotage des politiques publiques, (ii) renforcer les compétences et les moyens de l’Etat dans la collecte des ressources fiscales, (iii) assurer une exécution transparente et efficace des dépenses publiques.

 

 Programme 8 : Renforcement de la gestion macroéconomique

Un objectif majeur du Plan Stratégique Guinée-Bissau 2025 vise à atteindre une croissance économique forte, durable et inclusive, favorisant la création d’emplois et la réduction de la pauvreté, dans un contexte de stabilité macroéconomique. Dans ce cadre, la diversification économique avec le développement de nouveaux moteurs de croissance et le renforcement des conditions de compétitivité seront des leviers majeurs d’un cadre macroéconomique assaini. A moyen terme, sur la période 2015-2020, l’ambition du Gouvernement est d’atteindre un taux de croissance de 7,5% en moyenne annuelle. La seconde phase de mise en œuvre du plan vise une croissance de 10% entre 2020 et 2025. Dans ce cadre, la part des secteurs moteurs de croissance passera de 22% du PIB en 2014 à 27% puis 35% respectivement en 2020 et 2025. Les exportations seront moins tributaires de la seule noix de cajou brute, mais comprendront désormais des amandes de cajou, la transformation locale de ce produit atteignant 30% en 2020. L’accroissement de la valeur des exportations de la filière cajou, de même que l’arrêt des importations de riz (légales et illégales) dès 2020 et les exportations de produits de pêche, permettront de réduire le déséquilibre de la balance commerciale.

Egalement, l’amélioration de la gestion des finances publiques, permettra de renforcer l’efficacité des dépenses publiques et de favoriser une gestion prudente de la dette. Enfin, l’accroissement de la production locale et l’émergence de nouveaux moteurs de croissance favorisant l’emploi, développeront la consommation des ménages. Le Gouvernement tirera profit d’un cadre fiscal rénové en matière de gestion des finances publiques, de dépendance réduite des cours internationaux de produits de rente, et d’accroissement de la productivité nationale, pour maîtriser l’inflation sous le seuil fixé dans les critères de convergence de l’UEMOA.

L’atteinte de ces objectifs ambitieux nécessitera de se doter de capacités fortes de gestion et de cadrage macroéconomique. Le programme qui sera mis en œuvre dans cette optique comporte trois axes : (i) le recrutement et la formation des cadres dans l'analyse, la prévision macro-économique, la formulation des politiques et la planification stratégique, (ii) le développement et l’amélioration des principaux instruments nécessaires au pilotage de l’économie (modèle de prévision et de cadrage macro-économique, maîtrise de l’évolution de la dette publique, plan d’actions prioritaires - PAP, programme d’investissements publics – PIP) et (iii) le renforcement des capacités de l’Institut National de Statistiques. Le pilotage efficace du programme d’investissement suppose la mise en place d’un système de reporting régulier et d’évaluation des impacts dans la mise en œuvre des projets et passera par un renforcement de capacités de l’institut de statistiques. Ce suivi-évaluation sera effectué sur la base des indicateurs les plus pertinents selon les domaines du plan stratégique : fondements de la compétitivité, piliers de croissance, autres secteurs d’activité. Le cadre institutionnel permettant une participation effective et régulière des parties prenantes dans la mise en œuvre des projets et programmes du plan sera précisé.

 

Programme 9 : Réforme de la gestion des finances publiques

Une meilleure gestion des finances publiques passera par (i) une amélioration de la collecte fiscale et (ii) une meilleure exécution des dépenses publiques. Le gouvernement bissau-guinéen doit améliorer la collecte des recettes fiscales pour couvrir ses besoins de fonctionnement et d’investissement. Il sera nécessaire dans ce cadre d’élargir les assiettes fiscales, y compris par l’intégration de taxes immobilières et foncières, de renforcer l’application stricte des dispositions fiscales et douanières et la couverture des activités actuellement informelles, de sécuriser les recettes à travers la centralisation des encaissements à la DGCI et de rationaliser et suivre les exonérations douanières et fiscales. Le contrôle fiscal devra aussi être renforcé et son efficacité améliorée. L’Etat favorisera également par des mesures d’information et de sensibilisation un comportement plus responsable des citoyens dans la contribution aux ressources publiques. Les nouvelles technologies de l’information seront également utilisées pour améliorer la collecte et le contrôle.

Pour consolider et renforcer l'efficacité de la gestion budgétaire, les mesures seront ciblées vers l’atteinte de quatre (4) objectifs: (i) l'alignement des priorités budgétaires définies dans le plan stratégique, (ii) la mise en œuvre du cadre de dépenses à moyen-terme (CDMT) afin d'améliorer la planification des dépenses dans les priorités sectorielles, (iii) l’amélioration de la surveillance budgétaire et (iv) le contrôle et la publication régulière des comptes de gestion et de l’exécution du budget. Pour une amélioration de la qualité et la transparence des dépenses publiques, les Autorités enclencheront ou poursuivront les 5 mesures suivantes : (i) l’unification du fichier de solde du Ministère des Finances et celui de la Fonction Publique, (ii) le paiement des salaires sur la base d'une présence physique dans certains ministères, (iii) la mise en œuvre du système de comptabilité publique conformément au SIGFIP, (iv) la transparence dans la gestion des biens publics et la responsabilisation systématique, notamment par le biais de la présentation annuelle des comptes publics au contrôle du Parlement et de la Cour des comptes et (v) l'assainissement des comptes publics, grâce à un audit pour les dettes publiques et l'élaboration d'un plan crédible pour leur liquidation progressive.

 

Programme A[1] : Renforcement de la gestion des marchés publics

Une gouvernance transparente et efficace requiert une adaptation du système de passation des marchés publics aux meilleurs standards mondiaux. Cette adaptation se fera aussi dans le cadre de l’alignement aux règles de l’UEMOA en la matière et aux principes d’efficacité de l’aide publique. Un premier volet vise l'amélioration de la gestion des marchés publics pour plus de transparence et de cohérence dans l'attribution des marchés et un encadrement strict du recours aux procédures exceptionnelles d’exécution budgétaire. Un second volet couvre le renforcement des capacités de l’unité en charge de la gestion des marchés publics.

 

Promouvoir le développement local, la décentralisation et la participation citoyenne